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Lecture critique poésie – Décembre 2006

-* Titre : Des visages, des corps
-* Auteur : Franck Cottet
-* Editeur : Contre-allées
-* ISBN : 2-9519499-7-9
-* Année de parution : 2006
-* Prix : 7 €

-* Petite plaquette verte. Petits poèmes en forme de petit pavé. Tout en prose. Ponctuation au minima. Beaucoup de silence. Beaucoup. De tendresse aussi. D’amour. Simplement d’amour. De l’amour au quotidien. Les petites heures de l’amour. Comme un bréviaire.
Un petit ensemble qui semble murmurer à l’oreille de son lecteur « eh ! n’oublie pas : ton bonheur est là ! sous les doigts ! devant tes yeux ! sois heureux ! »…
Un petit livre à mettre à l’honneur en ce printemps des poètes à venir !

-* Titre : si peu, mais quelques mots
-* Auteur : Alain Boudet
-* Illustrateur : Patrick Cutte
-* Editeur : les éditions de la Renarde Rouge
-* ISBN : 2-910861-62-7
-* Année de parution : 2006
-* Prix : 22 €

-* J’aime lorsque le livre de poèmes est conçu un peu comme un album. J’aime lorsque sa lecture oblige à tourner les pages. J’aime lorsque de page en page les images éclairent le poème de leur éclat. J’aime lorsque les poèmes s’enchaînent tout en demeurant chacun poème à part entière. J’aime lorsque la voix chuchote les pages. Lorsque le livre entre en résonance avec moi. Vibre. J’aime lorsque arrivé en fin de livre, l’envie me prend de recommencer. Sans attendre. La lecture.
Voilà juste quelques mots, si peu, pour vous partager comme un secret : voici un livre…

-* Titre : Animodo
-* Auteur : Paul Bergèse
-* Illustrateur : Johan Troïanowski
-* Editeur : Gros Textes
-* ISBN : 2-35082-037-8
-* Année de parution : 2006
-* Prix : 7 €

-* Un recueil de poèmes consacrés aux animaux. Thème inépuisable. Ici Paul Bergèse s’empare des mots, de leurs multiples sens pour créer un univers linguistique ludique. Chaque mot ouvre ainsi plusieurs pistes de lectures, prête à la dérive, invite au sourire et au doute. Dans un monde où tout est si normé, ces ouvertures sont indispensables. Lire est plus compliqué qu’il n’y paraît quoi qu’en dise certain ministre… Lire les poètes est nécessaire plus que jamais.
C’est ce que fait Johan Troïanowski, l’illustrateur. Il poursuit ses lectures… de son trait totalement décalé. Il poursuit ses pérégrinations dans les univers des poètes, y dresse ses interrogations, ses lumières, ses chemins de traverse… Il construit ainsi l’air de rien, de page en page un autre livre… qui complète l’autre ? qui accompagne l’autre ? qui enrichit l’autre ? On ne sait plus trop tant il est vrai que l’ensemble est un bonheur le lecture, de lectures multipliées…
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Titre : Mikado des signes
Auteur : Jean-Pierre Sautreau
Illustrateur : Jean-ClaudeLuez
Editeur : Soc et Foc
ISBN : 2-912360-43-9
Année de parution : 2006
Prix : 12 €

Au début il y a un artiste, Jean-Claude Luez. Avec de l’encre noire, un pinceau et des yeux… Pour se pencher sur le petit monde du végétal. Les herbes folles… Les architectures du maïs… Les longues histoires de cep de vigne… Tout un monde à fixer, à rendre, à respirer… Tant de lignes… Tant de vies dans les vents… sous les froids… Tant d’écritures à déchiffrer, à lire à haute voix comme pour mieux se dire au monde.
Et puis il y a les mots. Ceux de Sautreau. Qui viennent se poser en écho des traces, en écho des encres… Des haïkus… Pour mieux demeurer dans l’instantané du pinceau… de la vision…
Cela donne un très beau livre en noir et blanc, avec un petit air d’ailleurs… Un livre qui de l’infini petit et dérisoire promène son lecteur dans les silences infinis de la création.

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album

Titre : Le roi des trois orients
Auteur Illustrateur : François Place
Editeur : Rue du Monde
ISBN : 2-915569-69-X
Année de parution : 2006
Prix : 22.80€

Un livre de François Place, c’est inimaginable. C’est-à-dire qu’il n’y a que lui pour l’imaginer. L’imaginer d’abord, le créer ensuite. Avec autant de patience que de talent. Parce que les projets de ce bonhomme-là, ce ne sont pas des projets à la petite semaine, bien au contraire : souvenez-vous des Derniers géants, des trois tomes de la Géographie d’Orbae et du Vieux fou de dessin pour ne citer que ceux-là…
Ce coup-ci c’est un travail à la Chinoise. Sur rouleau de papier. A dérouler. Ça nous happe. Ça nous garde. Ça nous émerveille. Les images à elles seules composent des milliers d’histoires parallèles, comme la vie… Mais ça ne lui suffit pas, il accompagne tout ce foisonnement d’un texte. Un texte qui coule à la perfection. Une histoire de voyage… On ne se refait pas… Mais ce voyage là, initiatique bien sûr, long et varié autant que nos vies, ce voyage-là conduit le lecteur dans cet état de contemplation poétique, de musement, cet état d’entre deux qui nous ramène à soi, au monde. Qui nous rend le meilleur de nous-même.
Il y a des œuvres comme celle-ci qui sont simplement essentielles : on les appelle parfois des chefs-d’œuvre ; je les appelle des bonheurs !
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Titre : Les métamorphoses d’Aladin
Auteur : Héliane Bernard
Illustrateur : Jean-François Martin
Editeur : Michalon
Collection : album Tatou
ISBN : 2-84186-338-7
Année de parution : 2006
Prix : 18 €

Voici une belle réussite. Un joli pari. Les auteurs sont partis d’une version d’Aladin et la lampe merveilleuse édité en 1912, et l’ont « caviardé » texte et images d’origine. Le livre original devient La ballade de la pie voleuse.
Caviarder ? c’est-à-dire que du texte et des images originelles, naît un nouvel ouvrage. Il suffit de noircir les mots qui ne sont pas utiles au projet, de dénicher un texte caché dans le texte… de détourner les images… Pratiques bien connues des régimes dictatoriaux… mais ici on reste dans la magie. Il ne s’agit pas de cacher mais de donner vie…
La magie du procédé, son intelligence devrait dans les écoles permettre d’inventer de nouveaux parcours de lecture dans les textes, livres… de nouvelles approches d’atelier d’écriture et d’arts plastiques. Ce livre est à mettre dans toutes les mains des enseignants dès le cycle trois de l’école primaire !
Au-delà de ses vertus pédagogiques, l’album est un plaisir à lire, à regarder ! Pour ce deuxième tatou, je retrouve tout ce qui m’a enchanté dans le premier consacré à Lorca : double magie du texte et de l’image !

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Roman

Titre : tant que la terre pleurera…
Auteur : Yaël Hassan
Illustrateur : Vanessa Hié
Editeur : Casterman
ISBN : 2-203-13036-9
Année de parution : 2004
Prix : 7.50€

Bouleversant. Et tellement juste.
Thème périlleux : qu’écrire et comment à propos des rapports entre Israël et la Palestine ?
Fallait oser se lancer. Fallait tenir.
Et ça tient. D’un bout à l’autre. D’un côté comme de l’autre.
On est en France et on subit les contrecoups du conflit… on appelle ça l’antisémitisme et c’est, hélas, redevenu d’actualité y compris chez nos ados. Quelles réponses apportons-nous ? Nous c’est-à-dire les adultes, les Institutions comme le Collège ou le Lycée … etc.
On est en Israël et on subit la peur, la précarité, la violence des discours des uns, le désir de paix des autres… Le radicalisme religieux d’un côté, l’humanisme tout court de l’autre…
On est à Gaza et on subit la peur, la précarité, la violence des discours des uns, le désir de paix des autres… Le radicalisme religieux d’un côté, l’humanisme tout court de l’autre…
Tiens je l’ai déjà écrit…
Oui dans ce livre qui se joue à hauteur des individus les sentiments sont partagés. Il y a des « méchants » et des « gentils » de part et d’autres de la frontière. Des uns qui tuent. Des autres qui pleurent. Et c’est à mon sens la réussite de ce livre : de réussir à montrer comment les logiques des uns et celles des autres se construisent, s’affrontent et surtout refusent de s’écouter. Ce livre est d’un seul parti : celui des victimes. De toutes les victimes.
Il ose un pari fou en ces temps de raidissements généralisés de nos sociétés : le pari du dialogue, de l’ouverture, de la compréhension, bref de l’humain !
J’aimerais que ce livre circule dans les collèges et les lycées de France et d’ailleurs, qu’il suscite le partage de la parole.
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Titre : Le cavalier irlandais
Auteur : René Escudié
Illustrateur : François Giboulet
Editeur : Michalon Jeunesse
Collection : Les Petits rebelles
ISBN : 2-84186-184-8
Année de parution : 2005
Prix : 10 €

Une collection branchée sur l’actualité immédiate. Celle de nos journaux télévisés. Cette actualité en toile de fond d’un roman d’aventure. Cela permet de mieux sentir ce que vivent les hommes aux prises avec elles. Les enfants, les adolescents. Car on est bien dépendant, qu’on le veuille ou non, du monde qui nous entoure. Et grandir dans un des points chauds du globe, forcément ça fait grandir autrement. Nous on ne s’en rend pas bien compte au chaud de nos cocons. Alors moi, je crois que cette collection doit entrer dans les cdi des collèges et des lycées. Sous l’impulsion des documentalistes j’aimerais que les professeurs d’histoire, de géographie, d’économie peuvent imaginer des liens avec le professeur de français autour de ces livres-là.

L’Irlande de Rorry, c’est celle de la fin du 20e siècle. Quand l’Ulster se déchirait chaque soir en noir et blanc sur l’écran de nos repas du soir. C’est celle où j’ai voyagé un peu plus tard, avec des chars dans les rues du Nord et le grand silence qui tenait les marchés ; celle où la pauvreté battait la semelle dans les rues de Dublin.

Mais revenons à ce Rorry qui va traverser son pays du sud au nord pour sauver son cheval, sauver sa propre vie aussi. L’inventer ! Et c’est entr’autre ce que j’aime dans ce roman, cette idée que chacun invente sa vie ! Et ça se joue en grande partie avant vingt ans ce jeu là. Ce Rorry là, j’aurai bien aimé le rencontrer sur les routes mouillées de l’ile…
Durant son voyage, initiatique comme presque tous les voyages, il rencontre les autres… il les accueille autant qu’il se laisse accueillir. L’ouverture ça fait avancer !
Ce livre là vaut son pesant d’or humain ! Ce n’est pas si fréquent alors il faut le dire !

Titre : ensemble, c’est tout
Auteur : Anna Gavalda
Editeur : Le Dilletante
ISBN : 2-84263-085-8
Année de parution : 2004
Prix : 22 €

J’aime bien quand les livres viennent à moi. Par surprise. Par effraction. C’est le cas de celui-ci : une copine de boulot de ma femme lui a prêté. Un dimanche 17 décembre 2006, jour gris, seul à la maison je l’ai pris en main après la sieste. Je l’ai fermé plusieurs heures plus tard.
Quand j’assure des formations de professeurs d’école, à propos de poésie et de littérature, je dis toujours aux enseignants : « attention, avec un livre, on ne sait pas… ça peut vous péter à la gueule un bouquin… et ça peut péter à la gueule de vos élèves… ».
Et bien celui-là il m’a explosé. J’ai lu. Sans pouvoir décrocher. J’ai ri. J’ai pleuré. J’ai respiré. Est-ce que c’est parce que je sais d’expérience que la vie n’est pas simple ? Est-ce que c’est parce que je sais qu’on fait ce qu’on peut, du moins mal qu’on peut, pour tenter de rester sur le bitume et pas enjamber le parapet du pont Neuf ?… Est-ce que… Pourquoi tant de questionnements ?
Ce qui compte ici c’est ce bonheur de lecteur. Après l’hésitation du départ : « Bon je me lis ce pavé là, de toute façon la journée est mûre pour une sieste-lecture alors voyons voir… », c’est ce regard que m’a lancé le bouquin : « ça y est, tu y es mon gars, en route ! Je te tiens ! ». Oui, il me tient et m’a bien tenu ! Je sors de là bouleversé, ébahi. Ça tient. Tout tient ! Et surprend ! jusqu’à la dernière page ! On se dit, « bon, ça va le faire comme ça ! » ; effectivement ça le fait un peu comme ça mais juste, et ça décoiffe d’un bout à l’autre !
C’est rien. Quelques vies. Bancales, comme chacune de nos vies ou presque toutes… Pas toutes. Il en faut qui cumule les nouilles pour se border le cul… Mais les autres, pas complètement brûlées, non, juste en prise avec leurs destins, comme chacun. Et chacun avec ses réponses, ses tentatives de vivre le plus haut possible malgré tout… Rien que ces vies bancales et cette volonté, ce désir, bordel, d’oser y croire un peu, beaucoup… Ce qui fait que brusquement on ose, on sort du passage balisé et on invente ! on fabrique de la joie. Pas du bonheur, ce serait trop prétentieux, non, juste de la joie. A hauteur d’homme ou de femme. Juste à hauteur. Et ça, c’est fort. C’est nécessaire. Et quand c’est réussi comme cela, putain –ne jure pas Franck- ça donne de la pêche pour aborder au rivage du lundi !