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Les Coulisses de l’écriture des Jeunes 2002 A Eaubonne (Val d’Oise)

Nicole Verdun

 

Article publié dans les numéros 25 et 26 de la revue « Lignes d’écritures »,
( numéro 25 – janvier 2003 et numéro 26 – mai 2003)

 

 

Quatrième manifestation en 2002. Après St Martin d’Hères, le réseau national des médiateurs d’écriture jeunesse avait tenu son colloque au Chambon Feugerolles, dans une ancienne forge, puis à St Brieuc, «l’écriture au long cours» avait accosté dans un théâtre et cet automne, ce fut à l’Institut Charles Perrault, à l’Hôtel de Mézières à Eaubonne, dans un espace de cette demeure bourgeoise qu’on imagine volontiers réservé à l’écoute d’un orchestre de musique baroque, que les interventions et les débats se succédèrent autour des thèmes : lecture/écriture, oralité/écriture et écritures spontanées.

 

Monsieur Balageas, maire d’Eaubonne et Jean Perrot de l’Institut International Charles Perrault ouvrent ces deux jours de réflexion en rappelant l’intérêt porté par la ville : création du prix de la critique qui prime un article inédit sur la littérature de jeunesse (une dizaine de pages), les travaux engagés par l’Institut (qui a pour mission d’étudier et de présenter les enjeux de la littérature de jeunesse).

 

Le colloque, loin de se situer dans un effet d’annonce, est un moment pour faire le point sur différentes initiatives, échanger des informations, générer des réflexions…

 

Jean Foucault rappelle quelques entreprises en cours :

 

La ville d’Eaubonne, en partenariat avec la poste, les enseignants, les bibliothèques, le salon du livre invitait tous ceux qui le souhaitaient à participer au chantier Lettre ouverte à qui je veux . Cette correspondance pouvait prendre toutes les formes possibles : poème, récit, protestation, déclaration d’amour, être dactylographiée ou écrite à la main, signée du nom réel ou d’un pseudo, pourvu qu’elle parvienne aux organisateurs avant le 24 novembre. Des comédiens et des écrivains se chargeraient d’une éventuelle mise en scène ou d’en assurer la publication en janvier-février 2003.

 

Animation 95 et ses partenaires (Éducation nationale, Conseil général, SNCF, caisse d’épargne, Théâtre 95, Institut Charles Perrault) propose Voyage en écriture, il s’agit d’écrire tout ce que l’on a envie de dire à son voisin de voyage… Les meilleurs textes seront lus lors de soirées, affichés , publiés… Le journal Le Parisien s’est intéressé à cette opération.

 

Sur le plan de l’Éducation Nationale, que penser des nouveaux dispositifs qui s’intéressent à l’écriture créative ; mode ou travail ?

 

Quelques orientations et travaux en cours :

 

- constitution d’un répertoire des Ateliers d’écriture (des jeunes, mais aussi de toute autre forme) à l’initiative du CALCRE ;

 

- dépôts des écrits de jeunes (mémoire sociale des écrits) ;

 

- associer l’écriture à d’autres domaines artistiques,

 

Les missions de Lignes d’écritures s’exercent indirectement par l’intermédiaire d’associations constituées, il y a de l’écriture avant l’arrivée du médiateur, notre interlocuteur privilégié demeure le médiateur d’écriture, l’écrivain, l’animateur d’atelier d’écriture…

 

Jacques Fournier

 

La première intervention Place de l’écriture poétique est confiée à Jacques Fournier, directeur de la Maison de la Poésie de Saint-Quentin-en-Yvelines, ancien instituteur, actuellement formateur de découverte poétique auprès d’adultes. Il a une possibilité de regard sur l’écriture et il essaie de théoriser autour de cette question récurrente : «Qu’est-ce qu’un atelier d’écriture ?», particulièrement en poésie.

 

Il part sur un constat de différenciation entre «produire» et «travailler». De son point de vue, l’enfant ne «naît» pas poète, l’enfant spontanément poète» est un leurre, la poésie est le fruit d’un travail, l’enfant qui écrit ne travaille pas, il produit, et l’enfant qui produit ne travaille pas. ( l n’y a pas d’enfant dans la salle qui puisse donner son avis la-dessus !) Et le travail ça s’apprend… Ce qui fait l’écriture, c’est le style, et encore le style… Aligner quelques mots ne suffit pas pour accéder au statut de poète, pas plus que l’art plastique n’élève au titre d’artiste…

 

Dans les années trente, à l’intérieur de l’école, incombait à la poésie (concurrençant en cela la religion) la fonction d’élever les âmes, d’où une proposition faite de «grands textes classiques». Ce qui ne semble plus être le cas, faisant ainsi regretter à M. Fournier que les poèmes proposés aux enfants soient d’une piètre qualité et d’une facture tellement «facile» que ceux-ci puissent sans peine les imiter et se prendre pour des poètes. Le poète porte une réflexion sur sa création, l’enfant producteur de texte n’en porte(rait) pas !

 

Tout être est capable de création, mais n’en a pas nécessairement conscience. L’écriture est le seul acte de création qui soit le produit d’un apprentissage dont l’école est le vecteur. Reste la pensée poétique qui est forgée par le parcours de chacun en relation avec le monde. Faire écrire, c’est aider à se révéler au monde. Dans une classe de CM2, la correspondance avec un poète amène cette ouverture d’esprit sur le rapport au monde, ce qui pourra permettre peut-être qu’un jour un enfant puisse devenir poète si il se trouve «révélé» au monde.

 

Ce qui signifie qu’on ne peut engager un atelier d’écoute et d’écriture avec des enfants sans avoir en tête cette idée de révéler l’enfant au monde, et cette nécessaire capacité de voyance sur le monde.

 

Un discours aussi péremptoire ne laisse pas indifférent. Madame l’Inspectrice de l’Éducation nationale, qui représente l’Inspecteur départemental, rappelle quelques objectifs et questionne ce qui vient d’être entendu :

 

- le propre de l’école n’est-il pas d’aider les enfants dans la démarche de création (par des moyens appropriés… ) ?

 

- comment savoir si les enfants ont ou n’ont pas une pensée sur ce qu’ils écrivent ?

 

- les enfants n’écrivent-ils qu’à l’école ?

 

Christian Poslaniec intervient : le dernier enfant poète connu doit être Minou Drouet…

 

Qu’est-ce qui définit la poésie ? les conditions de production ou la littéralité repérée dans ce qu’on lit? Au cours d’une récente étude qu’il a menée, il a pu constater que dans sa première période, Desnos a beaucoup imité Rimbaud…

 

L’inspectrice rappelle que «copier c’est créer», que l’école est «l’école de la norme», que l’art, c’est l’écart par rapport à la norme, que le rôle de l’école n’est pas d’être en prise directe avec l’actualité, que des repères bibliographiques en littérature, poésie, théâtre permettent un consensus culturel… Que l’Éducation nationale délègue des conseillers accompagnateurs en «arts plastiques» mais qu’il n’en existe pas pour le moment en «écriture».

 

Et puis encore :

 

- ne réduit-on pas là l’enfant à l’élève ?

 

- qu’en est -il de l’écriture spontanée ?

 

- y aurait-il des peuples privés de poésie ?

 

- qu’est-ce qu’un enfant ?

 

- la poésie, ne serait-ce pas «passer du cambouis au jardin» ?

 

A certaines époques correspondent des modèles institutionnels, à l’école actuelle il y a une multiplicité de modèles… Et enfin, seule une recherche-enquête pourrait dire si l’enfant a une conscience de sa production et de son processus de production.

 

Philippe Lejeune

 

Professeur et membre fondateur de l’ Association pour l’Autobiographie , Philippe Lejeune intervient sur l’origine du journal personnel , ou comment on entre en écriture  : il va s’agir du journal intime et récit d’enfance d’une petite fille de 7 ans qui fréquente le CE1.

 

Préambule, 1

 

Philippe Lejeune essaie de repérer comment lui-même est entré en écriture ; en dehors de l’écriture scolaire, des lettres à la famille et de l’écriture obligée…

 

1°) par l’invention d’un alphabet (ce sont les amis des parents qui le rappellent) ;

 

2°) par des poèmes d’enfant… dans un cahier de poésies dont il était fier. Il communiquait ses poèmes. Au début, il s’agissait d’activité d’imitation… à la manière de… même en anglais.

 

L’enfant, l’adolescent à l’école apprend des manières de travailler et se construit des mini auto-ateliers d’écriture ; ce sont vraiment des actes de construction. Philippe Lejeune pense qu’au départ, il n’avait rien à dire mais que seul comptait le plaisir de manipuler des mots et quand il a eu quelque chose à dire, il a su comment faire. Entre 13 et 15 ans, il est passé, dit-il, de Hérédia à Lamartine et puis de Lamartine à Baudelaire créant une poésie très formelle en alexandrins dans laquelle il a fini par étouffer. Il est alors entré dans le journal (sans le savoir). Il n’avait pas de modèle mais un besoin d’écrire, il savait ce qu’il avait à dire mais pas comment entrer dans l’écriture. Il a commencé en latin, démarrant chaque écrit par une formule rituelle empruntée aux Lettres à soi-même de Cicéron…

 

Préambule 2

 

Philippe Lejeune travaille depuis 15 ans sur le journal et mène une recherche depuis 3 ans sur l’origine de la pratique du journal. En Europe, on ne trouve rien avant la fin du Moyen Âge, début de la Renaissance. Dans l’Antiquité, qu’est-ce qui existait ? La comptabilité ? Le calendrier ? La pratique du journal est contemporain de la diffusion du papier. On n’écrivait pas un journal sur des tablettes et le parchemin était réservé aux textes officiels.

 

Un individu repasse-t-il par tous les stades de l’humanité ? Le journal intime, est-ce l’intériorisation de notre administration personnelle ? Un journal enregistre tout. Dans un journal personnel, la matière du journal nous concerne, dans un journal intime, il y a une idée de secret. Celui-ci s’évoque à partir du 16e siècle dans le journal spirituel pour aller vers une vraie idée du secret au 18e.

 

Gisèle Green – Philippe Lejeune

 

Philippe Lejeune est enseignant, un jour une de ses étudiantes lui apporte La flambe d’Ariane Green, paru chez Belfont, en 1987 et chez J’ai Lu sous le titre Journal intime d’une jeune fille . Il s’agit des quatre derniers cahiers écrits par une jeune fille (dont le vrai prénom est Annick) décédée en 1985 dans un accident de moto à l’âge de 18 ans. Philippe Lejeune veut alors entrer en contact avec la mère de cette jeune fille (Gisèle Green) qui vit dans le culte de sa fille. En 1997, lors d’une exposition sur le journal intime, les cahiers d’Ariane-Annick avaient été exposés, donnant lieu à un film autour du journal : textes accompagnés des créations graphiques d’Ariane, ce film était passé sur Arte. La mère d’Annick montre que sa fille écrit depuis qu’elle a 7 ans et elle confie à Philippe Lejeune cinq enveloppes contenant les premiers écrits de la fillette datant de son année de CE1. La mère d’Annick est actrice. Les parents d’Annick se sont séparés quand la petite fille avait deux ans. Elle a vécu avec sa mère dans une relation quasi-fusionnelle et voyait son père durant les vacances. A 15 ans, elle a entamé une psychothérapie, puis est allée vivre chez son père. Elle a alors arrêté son journal.

 

Avec sa mère, elle avait une abondante correspondance bien que vivant dans le même appartement. Petite fille, elle a fréquenté l’école maternelle confessionnelle puis l’école élémentaire publique.

 

Cette enfant va s’y reprendre à six fois pour entrer dans l’écriture. Elle commence, choisit un support, se donne un modèle, obéit au modèle et puis chaque fois elle dévie, ne se tient pas à son modèle éclatée, désordonnée, elle arrête. Ces gestes : entrer, construire, arrêter… elle les reprend… elle tâtonne, elle procède par essai-erreur. Chaque fois elle a acquis quelque chose, elle progresse. On se trouve devant un atelier d’apprentissage….

 

Le 1er carnet

 

C’est un moment de grand respect de la part de l’intervenant et des auditeurs lorsque Philippe Lejeune sort de l’enveloppe le premier carnet choisi par la petite fille. C’est un petit format (12×9), à la taille de l’enfant. Dessus, une étiquette auto-collante Annick Carnet elle rajoute ensuite son nom de famille. Quelle est la nécessité pour un journal intime d’avoir son nom dessus ?

 

La première page est une page de titre : en haut «Annick» puis «carnet des mois, jours, semaines…» Elle montre une obsession de cerner le temps sous toutes ses formes.

 

Première date : «jeudi 10 octobre,» elle ne pense pas à l’année et ensuite, au crayon : «aujourd’hui pas de cantine à l’école après le br et pr», et puis un exercice de série de virgules.

 

«Vendredi 11 ……» et ensuite des petits dessins «les filles des écoles dans la ville, cheveux longs et jupes écossaises, certaines filles se disputent, ce n’est pas d’intérêt. fin» et des dessins de filles avec des nattes et des jupes écossaises puis des dessins qui flottent, ce n’est plus connecté, elle fait des dessins en couleurs puis il n’y a plus que les dates … puis rien du tout, un truc scolaire… des frises. Globalement, pour que ce jour ait existé et moi aussi, il faut marquer la date. Elle prépare les jours suivants, date, décore … puis recopie les jours de la semaine deux fois de suite.

 

A la fin du carnet, elle n’arrive plus à mettre la date, elle écrit : «énervement – rouge de honte et de colère – Pourquoi ?» C’est la première fois qu’il y a irruption d’un contenu psychologique.

 

Le 2e carnet

 

Plus grand, à l’italienne, ne ressemble pas au premier. Il ne reste que 5 pages pour trois mois. Il commence le 17/12 et puis 2/1 ; 14/1 ; 23/1 et 18/2. C’est tout, il y a du texte… Elle découvre des choses, la fonction du journal, elle fait sienne une maxime : «Plus on est calme, mieux on est armé.» Elle se demande ce qu’est son journal, elle écrit : «tout s’est bien passé, ce calendrier est fait pour écrire et expliquer pour que je m’y retrouve.»

 

Le 3e carnet

 

C’est une fiche bristol quadrillée en 15 cases, elle marque d’avance le nom des jours et elle laisse un espace pour évaluer les jours : «ça va», «ça va pas», «journée bien passée». (Plus âgée, elle notera chaque heure de la journée). Elle termine : «samedi 23 mars, (je) pars en colo».

 

Le 4e carnet

 

Intitulé journal du passé , il chevauche le 3e et le 5e, elle est dans 2 systèmes d’écriture. Elle utilise des fiches. Ce n’est plus du tout brouillon, elle se donne un modèle au début. «Il a beaucoup neigé. On m’a enlevé ma dent.»

 

«21 mars. La journée a été agréable» …… «pars en colo», «7 avril 1975. Je suis rentrée à Paris, quelle horreur cette colonie.» «8 avril», «10 avril. Je vais chez le dentiste». … «13 mai. bien passé». Le 8 mai, jour de son anniversaire, ne figure pas dans son journal.

 

Le 5e carnet

 

C’est un carnet scolaire à spirale, 10×15, à petits carreaux qui se lit des 2 côtés.

 

D’un côté, carnet de la matinée, elle met les dates et puis clôt par «c’est fini», c’est un vrai journal.

 

De l’autre côté, on trouve «Impression des choses», elle fait une comptabilité de ses rêves, elle construit des tableaux avec des catégories de rêves qui vont du «beau rêve» au «douloureux cauchemar» en passant par «film d’horreur», «cauchemar agréable», «faux cauchemar qui rit», «radar», «amoureuse en rêve de moi»…. Aucun rêve n’est raconté mais sa présence est enregistrée, elle porte une attention étonnante à sa propre vie psychique.

 

Elle est visiblement hantée par la mort, elle recopie une rédaction «agonie d’une feuille de platane» qu’elle intitule «journal».

 

«1975 : J’ai 7 ans et demi, je vous raconte ma vie qui va être très aventurée. Je n’étais pas encore née que maman travaillait déjà»… elle raconte la cantine puis poursuit : «un jour je changerai d’école» puis plus rien.

 

«1975 : J’ai 8 ans, je recommence. Dans la classe, certains vilains enfants me firent du mal alors je me vengea contre les autres, les gentils, ainsi vient la misère…»

 

«1975 : 25 mai – c’est la fête des mères. La fête, ce n’est qu’un jour stupide, je repars dans l’éternité.»

 

«1er août 1975… il n’y a rien … reviens de vacances».

 

«Dimanche ? décembre 1975. Maintenant, ça va très bien à l’école. J’ai changé de classe. je suis au CE2. C’est bientôt Noël. Ma maman est célèbre, c’est bientôt comme Belmondo.»

 

C’est une rencontre singulière et touchante que l’on fait avec cette petite fille disparue, à travers ses recherches de «porte» pour entrer dans l’écriture, ses essais, ses bonnes résolutions… Plusieurs fois sur le papier elle recommence, elle remet la date, c’est comme ça qu’on est sur le pas de la porte, qu’on pose ses repères temporaux par rapport au passé et au futur, c’est comme ça qu’on grandit… Peut-être qu’écrire, ça aide aussi à grandir, allez donc savoir ?

 

Marie-Claude Penloup

 

Socio-linguiste, maître de conférence à l’Université de Rouen en sciences du langage, Maire-Claude Penloup présente le compte-rendu d’une étude menée sur l’académie de Rouen L’écriture spontanée des adolescents . Il s’agit de cerner ce que font les adolescents de l’écriture hors contrainte. L’étude porte sur 1800 collégiens. L’intérêt pour ce type de pratique est récent et peu partagé. La plupart de temps, l’école se désintéresse de ce que les élèves peuvent faire de l’écriture en dehors de l’institution scolaire et de la littérature enseignée ; cela ne lui étant pas communiqué, elle finirait par croire que ça n’existe pas ! Le ministère de la culture n’y porte pas non plus un grand intérêt, se préoccupant davantage de la musique, du cinéma… Des travaux ont été réalisés par des ethnologues, sociologues autour de l’écriture quotidienne, domestique (petits mots, listes, commentaires, étiquettes, inscriptions…). Philippe Lejeune et d’autres travaillent aussi à éclairer l’écriture extra-scolaire. Des pans entiers demeurent encore dans l’ombre.

 

Méthodologie employée

 

Si on demande à une personne : «vous écrivez quand vous n’y êtes pas obligé ?» La réponse est «non». Il s’agit donc de procéder par étape. La première a été une pré-enquête sauvage, il ne s’agissait pas tout de go de demander à tous : «Dites-nous ce que vous écrivez ?» Mais plus astucieusement de les mettre en position d’enquêteur : «pouvez-vous nous aider à trouver des questions pour notre enquête ?» Les réponses renseignaient sur leurs mises en mots à eux. Il y a une confusion absolue chez les collégiens entre recopier et inventer. Un questionnaire final a pu être élaboré permettant un recueil massif de discours sur les pratiques compte tenu que le questionnaire était complété par des entretiens. L’étude n’a pas pris en compte ni les tags, ni l’internet, ni l’écriture collective.

 

Constats

 

Les pratiques d’écritures sont diversifiées :

 

- correspondance 88%

 

- chansons 48,5%

 

- listes 71 %

 

- blagues 54 %

 

- inventions : chansons, poèmes, – début de roman 48%

 

- fiches 44%

 

- journal

 

- modes d’emploi inventés,

 

- et puis encore : messages codés, sujets de rédaction, inventions de blagues (davantage prisées par les garçons que par les filles), scénarios, biographies, gravures, reportages, pièces de théâtre…

 

La pratique du journal intime, l’écriture de soi, est très marquée sexuellement «ça fait fille !».

 

C’est ainsi que 22% des garçons tiennent un journal en 6° pour terminer à 7% en 3°. Au fur et à mesure qu’ils grandissent, ils nient cette pratique pour l’attribuer aux filles. Le journal intime se commence à un âge moyen de 10 ans. «Dès que j’ai perdu ma première dent» pour certains. Pour la première communion, on offre un journal vierge à la communiante… C’est une incitation. Il semblerait que sans incitation, les enfants s’en inventent. Le mot «intime» serait à réviser car l’auteur montre ou lit ce qu’elle écrit à son ours, sa poupée, sa petite sœur ou ses copines.

 

Quand ils écrivent, les enfants écrivent beaucoup de choses différentes qu’ils rangent dans des lieux différents.

 

«Elle fait des listes»

 

C’est une pratique fréquente de lister : des choses à faire, des cousins, cousines, copains, des métiers, des livres qu’on aimerait, des devoirs, des copains et leurs adresses, ce qu’on en pense, des mots qui riment, des listes de passagers, de gens connus dans la semaine, des choses qui passent par l’esprit, de toutes les copines, des chevaux et poneys du poney-club… un vrai inventaire à la Prévert ! Deux enjeux dans cette pratique : organiser inlassablement le monde et certaines listes fondées sur des critères langagiers recèlent des dimensions quasi-littéraires.

 

Pratique de la copie

 

Copie de chansons, de blagues, de maximes, de poèmes, de romans, de récits … Pour 15% la copie est un loisir. (Un collégien dit qu’il a deux loisirs, la pratique du VTT et celle de la copie.) Un autre ou une autre copie Harlequin pour mettre des mots d’amour dans son vocabulaire.

 

Les enjeux de la copie. «Je copie parce que j’aime graphier » ; activité matérielle délassante, le ou la copiste aime les scripteurs, les papiers… On copie pour incorporer un texte qu’on aime, on se définit à travers les mots des autres. On copie pour s’autoriser lentement à écrire soi-même, on peut copier des textes, changer un titre, une fin, écrire des choses en marge, faire de la copie/collage pour se lancer à écrire soi-même… A l’école, on stigmatise beaucoup le plagiat, et pourtant… on écrit toujours avec les mots des autres !…

 

En quoi, cela concerne-t-il les médiateurs de connaître ces pratiques ?

 

- Si on importe dans des lieux institutionnels des écrits extérieurs, les adolescents trouveront autre chose à écrire, eux, pour eux.

 

- Ce serait avoir une attitude démagogique que de faire rentrer une culture qui n’est pas la culture légitime.

 

- Cependant nous pouvons apprendre à avoir une meilleure connaissance des intérêts des collégiens et ajuster au mieux nos propositions.

 

Ces pratiques font-elles passerelles vers l’écriture littéraire ? Les écrivains font-ils aussi des listes, des inventaires ? D’un coup l’inventaire poétique prend du sens.

 

Ce qui prend sens également avec les adolescents, c’est ce qu’ils font par rapport à ce que fait l’écrivain, et «le pas mal de temps» qu’ils passent à écrire se trouve être un élément objectivé, crédité positivement…

 

Quelques remarques, réflexions, interrogations font suite aux propos de Marie-Claude Penloup. En vrac :

 

- «La fiction marmonne longtemps avant de se poser sur le papier».

 

- Umberto Ecco dans Apostille au Nom de la Rose parle des listes.

 

- C’est comme si les jeunes étaient schizophrènes entre l’écriture à l’école et l’écriture légitime.

 

- Il n’y a pas de corrélation entre la quantité et le temps passé à l’écriture et être bon/mauvais élève.

 

- L’écriture, c’est une mise en «je».

 

- A l’adolescence, la reconnaissance de l’écriture, c’est la reconnaissance de l’individu dans son être.

 

Michel Rossetto

 

Principal du collège Pierre Sémard il présente Les chemins de savoirs à Bobigny (il en avait été question dans Lignes d’écritures n°22 – 1er trimestre 2002 p.26, 27, 28). L’enseignement ne doit pas être quelque chose d’extérieur aux enfants, ni séparé de ce qu’ils sont, et de leur imaginaire. La richesse des enfants, c’est leur histoire. Karim, par exemple est un garçon qui passait beaucoup par l’agi, Kévin et Lucile réussissaient plutôt bien. Kaled ne savait pas lire et traversait des périodes d’exclusion difficiles. On ne sait pas quelle est l’origine de cette révolte destructrice, pourquoi 30% des enfants ne sont pas entrés dans le langage écrit abstrait bien qu’ils soient intelligents. Hors du langage, pas de pensée et d’organisation symbolique du monde. la parole ne sert plus qu’à interpeller… En cela, quel est le rôle de la famille, quelle est la qualité du rapport à soi, qu’est-ce qui a manqué à Kaled (comme à d’autres) pour qu’il n’ait pu, au sein de sa famille, prendre conscience que la parole est une action, un carrefour…? L’imaginaire se construit avant trois ans, l’enfant intériorise le sens des mots, du dialogue, du jugement et se forge des capacités d’analyse. Au CP, il a procédé par imitation, s’est construit sur une image négative de lui-même, a basculé du côté des opposants, n’a pas développé son potentiel. Kaled, Karim ont traversé 6°, 5° (avec les changements corporels qui accompagnent).

 

Le collège propose à ces enfants une réflexion sur le corps, «lier écriture et expériences corps». Il y a aussi une réflexion sur la groupalité, on propose des aventures, des expériences, incluant trois axes majeurs dans le projet :

 

- réflexion sur le pouvoir de la langue, des cultures, travailler avec les cultures du monde,

 

- l’accompagnement : ne plus exclure personne en maintenant un niveau d’exigence,

 

- travailler la créativité avec les enfants, le projet se situe dans un au-delà disciplinaire. L’écriture se trouve liée à un travail d’EPS, de danse. Les partenaires peuvent être un cirque, l’opéra de Paris… Les ateliers se croisent et se complètent : théâtre, chant, poésie, danse, devoirs surveillés, écriture…

 

L’écriture peut être de poésie, d’une fiction : quête initiatique de voyageurs… Voir, sentir, toucher : les mots réveillent la mémoire. C’est une aventure quand les enfants découvrent cette face inconnue cachée. Ce sont des projets pour mieux parvenir au rapport à soi. Les professeurs travaillent aussi ensemble durant les mois de répétition pour préparer cette mise en scène où il s’agit de faire surgir chez les enfants quelque chose qui les dépasse. Dans une fiction, les enfants situent les aventures de leur héroïne à Venise, et lorsqu’ils s’y rendent en voyage d’étude, ils sont persuadés que Sapho y est enterrée…

 

Partage, communication, émotion, transmission de découverte et d’émerveillement, c’est ce qui soutient et alimente la réflexion en continu. Les enseignants sont bien plus attentifs aux élèves grâce à cette liberté qu’ils ont de s’engager ou non dans le projet. La moitié du temps est utilisé dans la relation aux enfants, le collège est «un lieu de permissivité pour grandir» où le travail de chacun est respecté.

 

Françoise Naudin

 

Elle est chargée de Mission d’Animation Départementale en Seine Saint Denis, L’Inspection académique de Seine St Denis, en partenariat avec la DRAC, en liaison avec Livres au Trésor, le CRDP et l’IUFM, impulse depuis 1996-97 une démarche de maillage entre les BCD, les CDI et les bibliothèques municipales. Il s’agit de créer les conditions facilitatrices pour réunir les moyens et réaliser les projets élaborés par des équipes volontaires. Cela concerne 164 écoles, 43 collèges, 17 communes, 40 REP. Un climat de confiance est nécessaire entre les documentalistes, bibliothécaires, coordonnateurs REP. Des comités de lecture mixtes enseignants/bibliothécaires fonctionnent et ont donné lieu à la constitution de comités entre élèves.

 

La cohérence ne s’établit plus sur la base d’un grand projet pour tous, mais plutôt sur celle d’un contrat d’objectifs communs. Des relations nouvelles se sont instaurées entre écoles, collèges, bibliothèques, avec la mise en oeuvre d’un travail commun autour du livre de jeunesse.

 

Alain Bellet

 

«Sociétaire de la société des Gens de Lettres, adhérent de la Maison des Écrivains, administrateur de la Charte des auteurs-illustrateurs pour la jeunesse»… c’est un écrivain confirmé, aussi bien de romans (plutôt historiques) pour le jeunesse que de romans noirs pour adultes.Il est aussi animateur, accompagnateur d’ateliers d’écriture auprès d’adolescents mais aussi de publics en difficulté ou en marge, et puis aussi un peu écrivain en résidence à St Jean de Braye (45) pour «Clin d’oeil à la nouvelle». A Eaubonne, l’idée est d’aider les participants à écrire collectivement une histoire qui s’affiche, au fur et à mesure qu’elle s’élabore, sur un écran à la lecture de tous, et ce, durant une partie de la soirée.

 

L’histoire a démarré sur un bateau à voile du XVIe Siècle, où une jeune femme travestie en homme, a réussi à se faire embauchée comme matelot, seule solution qu’elle eut trouvée pour fuir ses ennemis… Au-delà du début de roman qui a pu s’écrire, grâce au professionnalisme de l’écrivain, le phénomène groupal (c’est à dire tout ce qui est lié à la mise en groupe de personnes qui ne se connaissent pas, mais vont se retrouver à donner un tant soi peu d’eux-mêmes en relation avec les autres, dans une création collective), est à prendre en compte. Dans l’écriture collective qui nous concerne ici, chaque fois qu’un peu d’émotion se trouvait livrée dans le texte en construction, quelqu’un du groupe, pas toujours la même personne, intervenait pour arrêter tout de suite cette émotion comme si elle était insupportable au groupe… Et si comme seuls, les stéréotypes pouvaient, dans un premier temps, avoir droit de cité.

 

Ce fut donc par cet embarquement vers une vie incertaine que s’acheva la première journée du colloque.

 

Journée du Dimanche

 

Alain Korkos

 

Il présente un travail mené sur internet, expérience aujourd’hui arrêtée : «conseils en ligne pour l’Atelier d’ Écriture».Il est auteur pour la jeunesse, adolescents et plus jeunes, il anime des ateliers d’écriture en milieu scolaire et avec des publics en difficulté…

 

Voilà environ 4 ans, il avait d’abord monté sur internet des listes avec des dialogues possibles puis – des «jeux d’écriture» du genre : écriture en 7500 signes à partir d’une photo,

 

- puis des sortes d’ateliers informels, qui ont amené à l’idée de la création d’une entreprise : «Ateliers d’écriture en ligne». Entreprise enrichissante du point de vue professionnel mais pas rentable, ce qui a conduit à la fermeture du site en juin 2002.

 

Un atelier d’écriture sur Internet n’a rien à voir avec un atelier traditionnel dans une salle. Sur le net, chacun est seul devant son écran, ce qui change le rapport aux autres et au temps.

 

L’exercice se déroulait par exemple sur une semaine, sans confrontation directe aux autres, pas de contact.On pouvait créer une liste de discussion mais non réunir les gens de France, Belgique, Canada, Japon, Liban…

 

Les personnes inscrites ont davantage de temps pour travailler sur le net, mais pour l’animateur une relation avec un groupe de 20 personnes dans une salle devient 20 relations avec une personne sur le net. Ce qui demande beaucoup plus d’énergie d’autant que la relation «virtuelle» est plus prenante que la relation traditionnelle, directe. Le travail se faisait beaucoup par e-mail pas sur un forum «Tchat littéraire». Pour les ateliers courts, un nombre d’e-mail limité était défini au départ. Les participants avaient ou non accès aux textes des autres, ça dépendait des auteurs. Le diversité des cultures étaient enrichissante, ce n’était pas le même environnement même si l’espace demeurait francophone.

 

Alain Korkos a aussi fait des ateliers d’écriture en Chine et en Corée ; toutes les écoles françaises étaient dans ce projet. Les personnages des histoires étaient récurrents.

 

Le net, c’est un outil qui redémocratise les choses, prétend Alain Korkos. Le Val d’Oise et Sao Paolo s’échangent des textes, chacun dans sa langue.

 

Les enfants des écoles françaises à l’étranger sont souvent des enfants d’ambassadeurs, de diplomates, issus de mariages mixtes. Ils parlent souvent l’anglais et la langue de leur mère. Ils sont quelquefois francophones, pas toujours, lorsqu’ils le sont, ils parlent aussi une autre langue. Ils ont 10 ans et ont déjà résidé dans 6 ou 7 pays. Ils ont des cultures très différentes, ce qui les unit c’est la Play-station, Nitendo, Coca, Barbie… Alain Korkos trouve qu’ internet permet d’intégrer toute idée d’un enfant, l’auteur a un rôle de compositeur, de création d’ une mosaïque inter active.

 

Table ronde

 

Cette table ronde regroupe le printemps des poètes, La Charte , un partenaire de la région de Poitiers.

 

Le printemps des poète, crée en 1999 à l’initiative de Jack Lang tiendra sa cinquième édition du du 5 au 16 mars 2003. La direction artistique en est assurée par J.P. Siméon, poète et enseignant. Ses objectifs sont de promouvoir et diffuser la poésie :

 

- qu’elle soit entendue avant d’être écrite.

 

- qu’il y ait un travail pédagogique derrière la poésie,

 

- que la poésie contemporaine soit davantage connue des professeurs.

 

Dès le premier printemps des poètes, des concours avaient été lancés, un poète écrivait une strophe qui était à continuer par les enfants… 38 poètes participaient…

 

Des rencontrent se sont mises en place. La poursuite d’ateliers ont pu se faire sur le net.

 

L’association est réticente par rapport «au concours» (en général) quand il n’y a pas de travail derrière. Elle va contre les idées reçues qui sont que la poésie «c’est fait pour faire joli» ou encore «ça rime».

 

La poésie passe par la lecture, par l’oralité. Pour 2003,

 

- dans les lieux de spectacles, durant «le printemps», un poème sera lu en préambule du spectacle.

 

- Dans la cité, seront les affichés les différentes manifestations et des poèmes dans les lieux publics, les bibliothèques,

 

- Dans les établissements scolaires, l’enseignant pourra commencer sa classe chaque matin par un poème.

 

- Des brigades d’intervention poétique spontanée pourront intervenir dans des lieux publics, des transports en commun. dire un poème et se retirer.

 

- Des actions «poésie en appartement» pourront s’organiser; il s’agira de recevoir chez soi un poète de façon tout à fait conviviale.

 

Site internet :http//www.printempsdespoetes.com

 

Maison de Poésie Rhône Alpes

 

Pierre Vieuguet, directeur de la Maison de la poésie Rhône-Alpes à Saint Martin d’Hères depuis sa création en1985, il rappelle la première journée nationale de la poésie en 1983. Depuis, des initiatives se sont fédérées, une journée mondiale de la poésie s’est créée sous l’égide de l’UNESCO, la première s’est tenue à Delphes (en Grèce).

 

La Maison de la poésie Rhône-Alpes travaille en invitant les participants à combiner des activités liant l’espace (dessin, peinture, graphisme) et le temps (paroles, poésie, textes) et à relier différentes sources de leur inspiration. Le projet peut alors prendre différentes formes ; recueil, diaporama, spectacle pour fédérer l’ensemble des oeuvres. Chaque art procède d’un autre, c’est pourquoi c’est important de donner à l’enfant ce jeu entre l’image, le texte et pouvoir le jouer avec son corps.

 

Michèle Jacquet

 

Elle expose le projet de «Mosaïque humaine» produit en 2001-2002 par la maison de la poésie avec une classe de 5° du collège Henri Wallon de St Martin d’Hères. Ce recueil regroupent des enseignants associés à des artistes : peintre, peintre-verrier, poète.

 

L’humain a un imaginaire qui lui permet de sortir de la préhistoire, la poésie n’en est qu’une partie. Naître homme est une chose, devenir humain en est une autres qui demande du temps, c’est l’imaginaire qui nous différencie des autres vivants, l’imaginaire a tendance à être considéré comme un ornemental. Créativité et raison nous font avancer à deux pieds. D’un pied la raison nous guide, nous arrête, de l’autre l’imaginaire nous fait avancer. L’école est occupée à normaliser, elle a tendance à neutraliser notre imaginaire. La part créative ne peut s’exprimer que si on lui laisse un espace/temps pour le faire. L’humaine peut resurgir là où on ne l’attendait plus. Les 23 jeunes de la 5° ZEP se montraient hostiles les uns aux autres. L’idée soutenue était qu’on puisse les aider à grandir en leur offrant la possibilité d’affirmer leur identité. Du côté de l’espace (tracer), en prenant le temps de dire (on peur adhérer à une société humaine construite ensemble), en travaillant sur les 5 sens. La pédagogie de l’imaginaire reste à construire, elle n’est pas réservée à la poésie, la musique, et si l’imaginaire n’est pas utile à l’école il s’exprime ailleurs (à inventer des bêtises). L’imaginaire est un espace fondamental qui habite l’être humain. Là, les enfants ont choisi la forme du pentagone, et puis ils ont pu parler de leur identité à l’intérieur de la forme : voilà quel est mon pays, voilà qui je suis, voilà où je m’inscris. (On retrouve la même approche avec les femmes en prison, faire des dessins, parce qu’elles ont dessiné dans un cercle, les mots vont sortir). Finalement, quand on écrit, on se ressemble, l’imaginaire se traduit par de la poésie.

 

Alissa Mohamedi

 

Écrivain, fille d’un responsable FLN en France, elle a fait un travail sur la mémoire… Pour elle l’écriture est un acte d’amour, le mot qui est dit livre une émotion, le travail technique vient ensuite. La technique se travaille, l’émotion se gère. On est quelquefois confronté à la gestion de situations inattendues. Alissa écrit en français et en berbère (Kabylie). Elle a publié un recueil La voix du silence.

 

Abdel Amin Bel Rouami

 

Poète, il affirme que «la poésie est un état d’esprit».Il définit le poète comme «un capteur d’émotions qu’il restitue».Il travaille en fonction de la réaction des élèves.

 

Il part d’une liste de mots proposés qu’il «fait vivre en articulant avec des liens».

 

Ainsi par exemple (les mots donnés sont en italiques) La chaleur de ma moustache est dans le cageot de la volupté d’une page d’amour . Selon lui, cinq ingrédients sont nécessaires : rêver, imaginer, avoir le sens de l’observation, de la sensibilité, du vocabulaire…

 

Un autre type d’exercice : «une personne dans un tram voit un individu qui n’a pas l’air très bien, elle le fait parler». Ce qui donne Me voici assis dans une boîte à images roulant sur les rails de la subsistance .

 

Table ronde

 

La Forge des Mots de Jocelyne Barbas est une entreprise privée située à Quinçay (Vienne). Précédemment implantée dans le village du livre de Montmorillon, l’entreprise n’a pu réaliser des bénéfices suffisants pour pérenniser cette activité professionnelle. Jocelyne Barbas exerce actuellement à son domicile et effectue des déplacements à la demande de ses clients. Elle a consacré ces deux dernières années à spécialiser ses interventions en atelier d’écriture afin de permettre à des publics plutôt réfractaires et éloignés de l’écrit (illettrisme, échec scolaire massif, difficultés psychologiques, …) de reconstituer des aptitudes à apprendre et d’accéder au texte. En tant qu’écrivain public, elle rédige également les mémoires et souvenirs de personnes âgées dépendantes à la demande des résidences qui les reçoivent à Paris et sa région.

 

Le CALCRE publie Écrire&Éditer , revue qui paraît en kiosque, a en projet l’inventaire des ateliers et des intervenants existant en France…

 

Alain Bellet

 

Il présente La charte des auteurs, qui existe depuis 1975, et regroupe actuellement 520 auteurs et illustrateurs (c´est-à-dire la moitié de la profession) dont environ une centaine sont aussi auteurs pour adultes.

 

La Charte a réussi a faire reconnaître un tarif d’intervention des auteurs à la journée, elle publie un journal périodique interactif, Les nouvelles , elle dispose d’un site internet . Elle est subventionnée par la mairie de Paris et le CNL.

 

La profession d’auteur-illustrateur s’est trouvée confrontée au développement important de la littérature pour la jeunesse dont le milieu éditorial et commercial s’est emparé. Par delà la production, 9 à 10000 interventions d’auteurs par an s’effectuent dans les établissements scolaires. La question de la qualité de la création est interrogée. La charte en est garante. Un membre de la charte extrémiste ou ne respectant pas les enfants ne serait pas admis. Depuis trois ans, des «cahiers de la charte» sortent chaque année sur un thème :

 

- Écrire, illustrer pour la jeunesse, pourquoi ?

 

- Comment s’adresse-t-on à un enfant-lecteur ?

 

- Les ateliers et les pratiques sociales des auteurs (associer les collectivités territoriales, les médiateurs sociaux culturels) Pour le moment, en ligne, ce ne sont que «les pages jaunes» (répertoires des noms et adresses).

 

Pourquoi la Charte n’évolue-t-elle pas vers le portage budgétaire ? La question se pose pour les personnes ont un autre métier et n’ont pas de n° d’AGESSA. Quelqu’un qui a un n° d’AGESSA peut facturer sa prestation. Pour les écrivains, ce n’est pas simple à gérer, c’est quelquefois une association qui facture. Pour le moment, le troisième partenaire (mairie, bibliothèque, école) n’est pas reconnu. Pour le moment quelques maires et députés sont interpellés sur ce sujet. Une convention avec la ville engendrer une subvention pour régler l’auteur qui ne l’assujettira pas à la TVA, alors que si il est payé par un service technique, il sera assujetti à la TVA. Il existe des créations d’entrepreneurs salariés qui font des SCOP (groupement d’entrepreneurs salariés).

 

Autre question: le diplôme de l’éducation nationale d’animateur d’atelier d’écriture va-t-il avoir tendance à exclure de la classe les écrivains ?

 

Il est intéressant de signaler l’existence de la Maison des Illustrateurs. Son objectif est d’aider les jeunes illustrateurs à faire connaître leurs créations.Ils sont 400 adhérents.

 

Le Creal

 

A Saint-Brieuc le Centre Régional d’Écriture et des Arts du Livre intervient à l’échelon régional et à l’échelon national par le Centre de ressources pour la Ligue de l’Enseignement. Il intervient également selon deux axes.

 

1°) A partir de ce dont on dispose :

 

- collectage, analyse des productions d’ateliers d’écriture jeunes/adultes avec la préoccupation du rapport texte/illustration. (Projet qui a été noué avec la rencontre d’un écrivain ou artiste). Un fois collectées, les productions constituent un fond qu’on interroge.

 

- proposition de formation à des institutions. Principe : on s’appuie sur les fonds dont on dispose et sur le principe d’observation et d’analyse de l’existant, on en extrait les éléments forts qui peuvent donner lieu à des expositions.

 

- travail de recherche pour un sujet d’étude…

 

2°) Faire bénéficier de l’expérience acquise et aider au montage de projets :

 

- De la définition des objectifs …… jusqu’aux différentes possibilités de financement.

 

Jean Foucault précise l’existence actuelle de lieux de conservation des productions :

 

Institut Charles Perrault à Eaubonne, Charleville-Mézières, Saint Brieuc (partenariat avec CRDPet IUFM).A venir peut-être : Choisy-le-Roi.

 

Christine Gil

 

Responsable des relations bibliothèques-écoles mises en place par la ville d’Annecy depuis 1996, elle coordonne le Parcours Culturel Littérature de Jeunesse . Le principe est d’offrir à l’ensemble des enfants des écoles de la GS de maternelle au CM2 des parcours permettant de fréquenter des lieux et des rencontrer des oeuvres différentes. Il y avait 4 parcours au départ : un «arts plastiques», un «patrimoine», un «musique», un «ittérature de jeunesse». Au cours du déroulement de ces projets, d’autres parcours sont venus s’installer : «danse», «art vivant» (scène nationale), «images animées».

 

Le parcours «littérature de jeunesse» inclut la production d’écrit en lien avec les bibliothèques, les libraires, les auteurs, les illustrateurs, les concepteurs d’édition. En 1998, un projet d’écriture multimédia a été monté. La bibliothèque était peu équipée pour travailler dans ce domaine… On a proposé à 2 classes de CM1, CM2 d’écrire une fiction inter-active sur internet (images, son, texte, inter activité, écriture linéaire mais aussi arborescente et en réseau par des liens hyper texte). Pour accompagner cela, la bibliothèque a fait appel à deux étudiants de l’université de Nancy qui préparaient un diplôme DESS autour de l’image numérique. Les deux étudiants venaient de milieux différents, l’un plutôt technique, l’autre plutôt graphique. Pour valider leur diplôme, ils devaient monter un projet commandé par une institution. La bibliothèque allait donc coordonner ce qui se passait dans les classes où les enfants menaient plutôt un travail de «story board», ils ont trouvé une illustratrice qui travaillait aux éditions du Rouergue, Linda Corosa? qui avait la connaissance du travail graphique sur ordinateur. Le personnage devait âtre le même dans les deux histoires. Une classe avait choisi le genre «conte», l’autre avait opté pour «un roman policier». Comment faire pour réunir ces deux histoires ? Linda a imaginé une page de journal, l’entrée principale c’était l’histoire policière, le conte passait en petites bandes, en épisodes et puis il y avait des brèves.

 

Dans cette réalisation, le travail de production d’images est important. La mise en place et en page demande une cohérence graphique à laquelle une attention toute particulière se doit d’être portée. Le travail de réécriture est aussi nécessaire pour que l’on puisse avoir un travail fini à proposer au lectorat. C’est ce qui fut réalisé.

 

Annecy va passer bibliothèque d’agglomération, ce qui signifie que le dispositif actuel va s’étendre…

 

Hassan Aanzoul

 

Président de l’AMADEJ, Association Marocaine pour le Développement des Écrits littéraires de Jeunes en français, il ouvre la dernière demi journée de ce colloque. Au Maroc, le français est une langue étrangère. Le travail en milieu scolaire ne peut se faire que là où le français est appris. Hassan a commencé à animer des ateliers d’écriture au sud du Maroc puis il a été affecté à Casablanca. Il a d’abord fait «cavalier seul» puis a crée l’AMADEJ en 1998 et l’objectif, pour faire vivre cette association, a été la présentation des productions lors d’un festival de fin d’année. La première année la thème retenu avait été «la tolérance» traité dans des formes différentes : le conte en primaire, l’autobiographie en collège, la nouvelle au lycée.

 

La seconde année, le thème avait été «la peur». Tout au long des six premiers mois, les enseignants animaient l’atelier comme ils l’entendaient, mais il leur était proposée une rencontre mensuelle avec un animateur. Chaque année, au festival, les gens ont essayé d’innover, les professeurs sont venus avec des mises en scène ou avec des illustrations. Beaucoup d’activités sont dopées par ce festival : poèmes/ recueils de nouvelles théâtralisées, quelquefois films français avec débat.

 

En contact avec JPresse, ils ont organisé le concours «3 heures pour écrire» en ligne. Le rapport qu’on a avec ce qu’on écrit, c’est très affectif… Tous ceux qui sont intéressés par des échanges avec le Maroc seront les bienvenus, l’AMADEJ est preneur !

 

Cristina Martin

 

Professeur dans l’État de Santa Fe en Argentine, elle est coordonnatrice d’Ateliers d’écriture réalisés avec des enfants de 9 à 12 ans, aussi bien dans des contextes informels que dans le cadre de classe, et ce depuis une dizaine d’années. Elle travaille à Casilda. (voir aussi : L’écriture des enfants en Argentine : un espace pour créer et penser, Lignes d’écritures n°22, p. 30, 31 et 32.)

 

Table ronde

 

Elle présente différentes expériences en région parisienne. Le musée départemental de l’éducation du Val d’Oise , est situé à Saint-Ouen-l’Aumône dans l’ancienne «école communale des filles» construite en 1903. Dans le cadre de ses activités le musée propose des actions culturelles diversifiées : aux expositions viennent s’ajouter des rencontres avec des artistes, la mise en place d’ateliers d’écriture pour tous les publics. «Mémoire pour demain» en est un exemple. Il s’agit de prendre appui sur les monographies demandées à tous les directeurs d’écoles des communes de Seine et Oise en 1889, qui faisaient un état des lieux de leur commune, de la faune, la flore, des particularités… Et en écho à cela, il est demandé aux enfants de porter un regard curieux sur ce qui les entoure, d’écrire, de dessiner, de filmer, de photographier… Chaque enfant a amené un petit objet qui a été parlé, décrit, ressitué… Par exemple, un petit dinosaure est ensaché accompagné de :»Il n’y a plus de dinosaure à Corbeil en Parisis depuis longtemps mais il y a des chiens». Au lycée, on propose un questionnaire d’enquête sur les origines géographiques de leur famille. 5 % ignorent le pays de naissance de leurs parents, 16% celui de leurs grands parents… Un recueil de récit de vie des élèves (sur trois ans) est déposé dans la boîte à archives pour les enfants du futur. «D’où je viens ?» «Qui je suis?» «Où je vais».

 

A Cergy, on répertorie les petits riens qu’on aime bien faire :

 

- marcher dans la rue sur les pavés,

 

- écrire son nom sur la buée des voitures,

 

- se balancer sur une chaise,

 

- sentir le petit déjeuner le matin,

 

-……

 

Au collège, les enseignants avaient demandé aux élèves d’intervenir régulièrement sur un cahier. Leurs écrits sont finalement devenus des histoires intimes dont ils ont tenu à garder l’original, ils ont bien voulu en confier une copie aux adultes pour «le futur». Un jeune a pu parler de son pays l’Irak. La volonté de ce que l’on voulait transmettre aux descendants donnait un sens à l’écriture.

 

Créteil se raconte

 

L’opération s’est déroulée d’octobre 1998 à mai 2000. L’adjoint au maire, intéressé par un projet «concours de nouvelles» s’était adressé à la bibliothèque… Des rencontres se sont organisées avec les écoles, les bibliothèques, les centres sociaux, le théâtre, le service culturel de la ville, des artistes… On a recherché des expériences similaires (Quéti-gny), il y a eu aussi des rencontres avec Philippe Lejeune (Association pour l’autobiographie) et puis l’opération a pu être montée. Il était proposé aux cristoliens adultes et enfants de – raconter sa vie, raconter sa ville, hier et aujourd’hui, de construire un puzzle individuel et collectif, de témoigner à travers toutes sortes d’expressions artistiques. Il a fallu toucher les communautés étrangères, trouver des intervenants de qualité. la partie «sensibilisation» s’est faite au travers de publicités, de jeux, d’un petit journal «Créteil se raconte». Dans le journal local, une page «vivre ensemble» était réservée une fois par mois pour tous ceux qui voulaient écrire.

 

Le lancement de la manifestation, accompagné par Alain Bellet, s’est fait par «une nuit de l’écriture» rassemblant 250 personnes venues écrire ensemble une histoire : «Les aventures de Shéhérazade».

 

Des ateliers d’écriture se sont montés dans de nombreux lieux, incitant à des écritures diverses : contes, théâtre, histoires, autobiographies… Une partie s’est organisées avec des plasticiens et puis des chansons ont été composées sur Créteil avec des classes. Tout ce qui a été fait a été édité par la bibliothèque et conservé dans «Créteil se raconte». Il y a eu un concours de récits autobiographiques pour enfants et adultes auquel 300 personnes ont participé. 5 récits ont été édités. Les 4 vies de Mme B., scénario de théâtre qui raconte une vie de 1960 à aujourd’hui. La photographie a eu également une grande importance auprès des personnes qui n’écrivaient pas. Un photographe a travaillé auprès de certaines familles, des communautés juive, maghrébine, les a interviewées, photographiées. Ce qui a donné lieu à une très belle exposition sur Créteil.

 

D’une façon générale, les femmes et les personnes âgées se sont beaucoup investies. Mais on a essuyé des échecs cuisants pour faire écrire certains adolescents. De même, la communauté africaine n’a pas pu participer à cela. Cependant, des ateliers d’écriture continuent d’être demandés alors que l’opération est terminée, des choses se continuent sur ses traces…

 

Anvie la Corbeline

 

Il s’agit d’un petit village sur le net en 1866-1867. Un enseignant du cycle 3 (CE2/CM1/CM2) se demande comment faire entrer les enfants dans l’écrit. Il a l’idée d’utiliser le Net pour faire correspondre ses élèves d’aujourd’hui avec d’autres élèves et d’autres adultes d’une autre époque. Ce n’est pas un irréductible petit village gaulois, mais un village de l’ère industrielle… Il s’est donc agit de constituer les habitants de ce village… Chaque personnage a un canevas; c’est une «marionnette» tenue par un adulte ( prof, senior, parent d’élève, ou encore lycéen.) Les élèves choisissent le personnage avec lequel ils vont correspondre toute l’année. L’animateur du personnage s’engage à répondre dans les six jours… Les critiques déjà entendues : «Vous allez faire croire à vos élèves que vous les faites correspondre avec des morts !» Les enfants, dès le début, savent que c’est un jeu de rôles… Mais sur cette base ludique, on va pouvoir aborder des types d’écrits différents : portrait, écrit scientifique, journalistique… Exemple : 1866-1867, c’est l’ère industrielle mais aussi la première exposition universelle. Il y a un échange autour de l’électricité… Ce qui donne aux enfants l’idée d’aller à La Villette, d’envoyer des informations, de penser à utiliser le moulin du village pour fabriquer de l’électricité. Il y a un journal qui raconte ce qui se passe dans le village en 1867. Le lien entre passé et présent est une drôle de machine qui peut aussi tomber en panne quand il y a trop de fautes d’orthographe … Alors, un «fil-tre à fautes» renvoie le texte à son auteur, une étoile signale chaque erreur à corriger… Dans le dispositif, il y a un coordonnateur qui assure la cohérence des écrits. Le texte écrit de l’enfant est lu par l’enseignant, envoyé sur le net, lu par le coordonnateur, adressé au manipulateur qui rédige la réponse en nom et lieu de l’habitant du village, cette réponse est lue elle-même par le coordonnateur avant d’arriver à son destinataire dans la classe.

 

Environ 1000 élèves du CE2 à la 5 ème ont pu correspondre avec Anvie la Corbeline. L’expérience pilotée par l’Académie de Caen donne l’impression d’une activité toute à la fois sérieuse et ludique, imaginative et rigoureuse, drôle, créative et vivante qui associe dans l’écriture d’autres adultes que les enseignants. Les questions qui peuvent se poser : Pourquoi ne pas vieillir? Comment créer d’autres villages à d’autres époques? Avis aux imaginations fertiles !

 

Et pour terminer cet après-midi voici…

 

…Le recyclage des peurs

 

Un service d’utilité publique proposé par la compagnie théâtrale de l’Artifice de Quétigny (banlieue de Dijon). Lignes d’écritures les retrouve avec plaisir.Ils étaient venus voilà deux ans à Saint Brieuc où ils voulaient ramasser les peurs des habitants de la cité pour les brûler … Nous, public, n’étions pas d’accord, nous trouvions frustrant de voir les écrits réduits en cendres, les gens allaient-ils confier quelque chose qui ne leur serait restitué sous aucune forme ? Ce serait de l’arnaque à chaque fois.Le GRDP (Grand Ramassage Des Peurs) tient compte de cette remarque et la devise est devenue : «Vous rédigez, nous recyclons !»

 

Des «manuels du froussard courageux» sont largement distribués dans un quartier de la ville ou sur un campus…. Chaque manuel comporte 13 pages, chacune démarre par une proposition d’écriture qui aide à raconter ses peurs selon la méthode du tri sélectif. Par exemple : «1) Frousse : Un jour, j’ai cru… En vérité, c’était … Moralité : …»

 

ou encore «3) Effroi : A travers ma fenêtre, j’ai vu de mes yeux vu…»

 

et puis on a comme ça «Crise d’angoisse», «Terreur nocturne»,»Trouille», «Cauchemar», «panique», «Phobie»… .

 

Les peurs rédigées sont à déposer dans des containers prévus à cet effet, avec plexiglas et petite fente, dans le quartier ciblé, près des autres containers de recyclage. Le ramassage sera effectué en décembre. Les textes seront lus, toilettés éventuellement, certains pour mieux faire apparaître des choses nécessiteront d’être un peu retouchés. La mise en voix sera faite par 13 comédiens… Les contraintes théâtrales, ( le spectacle dure 1 h 1/2) font qu’on ne restitue pas la totalité des textes. La responsabilité de la compagnie consiste à faire respecter et restituer la parole à tous, que les langages soient restitués dans le plus grands nombre d’endroits possible… C’est important qu’un partenaire culturel fort, bien repéré, soit associé pour faire monter le projet en puissance et le soutenir.

 

A Dijon, le travail s’est fait avec trois publics différents : le campus universitaire, 10 classes à PAC de CM1/CM2, puis avec un groupement d’associations réunissant des populations en difficultés, en précarité, en post-cure… Des plasticiens, musiciens, auteurs associés au metteur en scène de la compagnie ont trouvé des modes d’interventions pour que les restitutions s’entendent dans des lieux divers, et que la manière de confronter l’acte théâtral au public soit différente de la boîte noire avec des lumières. On n’a pas les mêmes conditions quand on est dans un bus le matin ou à la poste ou au supermarché. On reste dans du théâtre sensible mais dans un rapport intime multiplié à l’extrême.

 

La création partagée instaure une vraie dynamique d’échange avec le public associé au plus près dans cette dynamique. La ritournelle de la fin sert de transition entre les 13 séries. Les containers deviennent des objets sur scène.

 

Comment travailler avec la compagnie de l’Artifice? Ce service est «un service public» qui peut voyager d’une ville à l’autre. Avec 24 000 euros environ, on peut le mettre en place… Avec 3 restitutions pour le public visé. A Besançon, l’entité était un quartier, donc la restitution s’est faite dans ce quartier. Sur les 1500 textes écrits, 700 ont été sélectionnés et parmi eux les 13 comédiens en ont restitué 150…

 

Et ne perdons pas de vue qu’«une peur bien recyclée, c’est du bonheur toute l’année !» Bravo !

 

Nous avons beaucoup entendu au cours de ce colloque l’écriture :

 

- se dissocier du scolaire, dans le journal intime d’ Ariane, dans les écrits spontanés des adolescents ;

 

- s’associer à d’autres formes d’expression créative, à l’expression corporelle et la mise en scène à Bobigny, aux arts plastiques en Rhône-Alpes, à la restitution théâtrale avec l’Artifice de Dijon ;

- se servir des techniques nouvelles comme support : l’écrivain et l’internet, les expériences de création multimédia, ou la correspondance avec le village du passé… – servir à la transmission de notre histoire