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Non à la chasse à l’enfant (soutien au collectif AISSATA et au RESF)

Jacques Prévert en d’autres circonstances s’élevait contre la chasse à l’enfant évadé de la maison de redressement de l’Ile de Ré et stigmatisait ceux qui le poursuivaient en criant :
« bandit, voyou, voleur, chenapan ».

Nous ne pensions que sur d’autres bases — plus criticables encore pourrions nous même dire — la chasse à l’enfant soit de nouveau ouverte ! et pour des raisons qu’on pourrait qualifier de moins inavouables encore. La Communauté Européenne n’a pas encore édicté de règles pour les dates d’ouverture et de fermeture de cette chasse !

Et souvenons aussi que dans les textes officiels on essaie de répérer les enfants qui auraient l’outrecuidance de parler leur langue maternelle (le rapport Bénisti n’est pas mort). Créer ce clivage est ouvrir la porte aux délinquances adolescentes. Nous en profitons donc au passage pour attirer l’attention sur ce point : vigilance contre le rapport Benisti. C’est dans le rapport à sa langue maternelle que l’enfant se forge son monde intérieure, seule manière de lui permettre ensuite d’affronter l’Autre en toute sérénité. La France, qui est déjà si peu francophone, va-t-elle à ce point s’enfermer sur un monde consanguin avec toutes ses conséquences bien pitoyables ? Dans Le Journal d’Enfrance , Pierre Sansot disait que la France qu’il porte est celle des gens avec qui il se sent bien. C’est cette France là que nous construisons, fait de la richesse des enfants et de leur diversité.

Cette France rejoint peu à peu le réseau <éducation sans frontières> , les collectifs locaux de soutien et Aïssata .

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Les associations Corps Puce (édition)
et
Lignes d’écritures
(action culturelle autour du livre et de l’écriture)
soutiennent l’action du collectif
Aïssata
collectif de soutien des auteurs et illustrateurs jeunesse aux enfants des familles sans papier.

Aïssata a demandé aux éditeurs enfance-jeunesse de s’engager au côté des initiatives prises par le collectif pour la défense des enfants menacés d’expulsion en fin d’année scolaire.

Nous pensons en effet que nous ne pouvons nous occuper du domaine de l’enfance sans nous pré-occuper de la chasse à l’enfant qui est engagée.

Tout humaniste doit réagir à cette situation.
Cette position du gouvernement est une des marques de l’entrainement de notre pays vers une société qui se rapproche des pages les moins glorieuses de notre histoire du XX° siècle.
C’est ce qu’on bien perçu de nombreux citoyens puisque les collectifs locaux sont pilotés ou soutenus par de nombreuses personnes qui jusqu’alors n’ont jamais eu d’action militante.
Chacun prend conscience que c’est l’enfant qui va à l’école avec son fils ou sa fille, participe à l’anniversaire de ses enfants, qui soudain devient « sans papier » et jetable. Cette stigmatisation heureusement est repoussée peu à peu par tout le pays réel.

Dans cette perspective nous relayons l’Appel à Azouz Begag , ministre et écrivain jeunesse, proposée par le collectif et nous proposons donc sur cette page le texte de cette lettre. Comme beaucoup nous avons connu Azouz Begag et fait intervenir dans nos activités. En 1995 il participait aux premières rencontres nationales de Lignes d’écritures intitulées Les Coulisses de l’écriture des jeunes dont la 6ème édition aura lieu en 2007 à Suresnes (92).

Nous vous en souhaitons bonne lecture.

Vous trouverez à la fin de cette lettre les coordonnées du site Aïssata si vous souhaitez en savoir plus et adhérer éventuellement à ce collectif ou à l’un des nombreux groupes locaux qui se sont mobilisés pour la protection des enfants.

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Appel à Azouz Begag

Cher Azouz Begag,

Permettez-nous de préférer cette formule à celle de « Monsieur le ministre » ; nous n’oublions pas qu’avant d’être membre d’un gouvernement, vous êtes un écrivain, un auteur pour la jeunesse aussi, comme plusieurs des cent cinquante signataires du présent appel.

Si nous venons aujourd’hui vers vous, tous ensemble, c’est pour défendre la cause d’enfants scolarisés. Ces enfants étaient peut-être parmi ceux que vous avez déjà rencontrés dans les classes et sur les salons du livre – ou ce sont leurs petits frères et petites sœurs d’errance. On compte environ cinquante mille de leurs familles dans notre pays. Elles sont « sans papiers ». Bientôt, quand commenceront les vacances pour leurs camarades français, pour beaucoup de ces enfants  pourraient bien débuter les arrestations et les reconduites aux frontières. Devant leurs yeux effrayés, on menottera leurs parents dans les avions, pour les jeter quelques heures plus tard dans un pays qu’ils avaient eu toutes les raisons de fuir. Si les fonctionnaires de police ouvrent les cartables qu’ils n’auront pas eu le temps d’ôter de leur dos, ils pourront  lire, dans les marges des cahiers, les dernières annotations de leurs maîtres et maîtresses :
-* Continue à t’appliquer
-* Encore un effort !
-* Félicitations pour ton travail
-* Tu passes en CM2, bravo !
-* À l’année prochaine !

Le ministre de l’Intérieur a envoyé aux préfets, le 13 juin dernier, une circulaire consignant un certain nombre de conditions permettant la délivrance d’un titre de séjour aux familles qui  les remplissent. Malheureusement, cette même circulaire enclenche une course contre la montre de deux mois pour éventuellement obtenir ce titre de séjour, et laisse aux préfets tout pouvoir discrétionnaire. Or les premiers échos qui nous parviennent de ce qui se décide dans les arcanes des préfectures nous remplissent de crainte. Il semblerait que s’annoncent deux mois d’arbitraire, d’angoisse et d’injustice débouchant sur la poursuite de mesures d’autant plus inhumaines qu’elles visent et maltraitent des enfants. Et ensuite, que se passera-t-il le 12 août, à l’issue de ces deux mois ?

Nous ne comprenons pas pourquoi les préfets ne sont pas mis dans l’obligation d’accorder, dans la mesure où elles remplissent les conditions de la circulaire, un titre de séjour aux familles qui le demandent. Nous ne comprenons pas pourquoi le gouvernement auquel vous appartenez joue de cette manière avec des vies d’enfants. Notre mobilisation n’en devient que plus forte. La France terre d’accueil, terre de liberté, terre de solidarité, terre de fraternité, n’est pas, et ne sera jamais, qu’une simple utopie. Nous, les cent cinquante auteurs et illustrateurs pour la jeunesse regroupés dans le Collectif Aïssata en soutien aux enfants des familles sans papiers, sommes déterminés à ne pas laisser s’opérer les ignominies qui se préparent et qui rappellent les heures les moins glorieuses de notre histoire.

Aujourd’hui, par le biais de cet appel, nous nous adressons plus particulièrement à vous. Nous demandons que votre voix d’écrivain porte nos propres voix indignées jusqu’aux oreilles des autres ministres et jusqu’à celles du président de la République. Dites-leur que, d’où qu’ils viennent, il n’y a rien de plus précieux sur terre que des enfants. Dites-leur que ces enfants, que les convulsions du monde ont fait échouer ici, sont une chance pour la France. Dites-leur que les familles qu’on projette d’expulser ont des papiers : les pages de nos livres – et des vôtres aussi, cher Azouz Begag. Au nom de ces enfants, merci de l’aide que vous voudrez bien nous apporter dans la protection que, sans fléchir, nous leur assurerons.

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Collectif Aïssata – collectif de soutien de 150 auteurs et illustrateurs  pour la jeunesse aux enfants des familles sans papiers.

http://aissata.hautetfort.com
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