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La musique dans le mvet (2007)

Essouma Long nous fait découvrir le MVET

Essouma Long est un artiste-chercheur en orature africaine qui nous fait découvrir un univers spécifique de la culture du Cameroun, le MVET, forme-épopée, forme-conte qui doit son nom à l’instrument de musique et à la musique qui accompagne cette forme traditionnelle très particulière qu’on ne retrouve nulle part ailleurs en Afrique.

La musique dans le mvet n’est pas une entité indépendante du récit. Cette précision vaut la peine au regard de l’intérêt porté par certains à la musique mvet au détriment des autres éléments constituants de cet art. Emus par la ligne mélodique et harmonique de l’instrument mvet, certains analystes ont vite fait de résumer le mvet à l’appellation de complainte traditionnelle. Cette déduction est une grave entorse car, il existe une corrélation étroite entre la musique et les autres aspects d’un spectacle de mvet. Pris de manière singulière, la force de chaque élément s’estompe et, l’art du mvet meurt. Pour une recherche sur la théâtralité du mvet, l’analyse de la musique ne saurait faire l’objet d’une étude du solfège à la manière occidentale. La musique du mvet a pour base, les vibrations sonores. C’est ce que pense notamment Eno Belinga [1]. Ses éléments constitutifs sont le rythme, la mélodie, l’harmonie. Cette musique a pour but l’expression esthétique des sentiments.

Rythme musical dans le mvet

Le rythme fait allusion à un ordre et à une proportion des sons perçus dans le temps et dans l’espace. Il résulte de la régularité dans la succession des notes émises par l’instrument ou par la voix humaine. De façon empirique, le rythme est déterminé en battant la cadence.

Lorsqu’on aborde le rythme dans le mvet, il ne faut pas perdre de vue qu’il résulte de la panoplie des musiques traditionnelles. On citera entre autres le bikud-si, l’ékang, le mballa, le mengane et des berceuses. Ce qui implique une complexité sur le plan de la succession. Le rythme et la mélodie sont des entités qui s’associent à la voix pour former les musiques du mvet. Il nous semble hasardeux d’adopter des notions modernes de mesures car, elle entraîne l’application des théories telle que, temps forts et faibles. La mesure dans le cadre de cet article a la valeur du battement qui, représente une unité continuelle d’un temps. Ainsi, le rythme musical du mvet est donné par l’émission successive d’au moins deux sons. Ces deux sons constituent le groupe rythmique qui pourra être doublé ou triplé en fonction du battement

La mélodie est une succession de sons différents entre eux par leur durée et leur intensité. Elle renvoie aux notes musicales perçues, à leur cadence et à leur amplitude qui forment la phrase musicale. Partant des notions théoriques élémentaires de gamme, l’instrument mvet actuel présente huit notes à savoir Do, Ré, Mi, Fa, Sol, La, Si, et une quinte augmentée. Cependant, le mvet bulu décrit par Eno Belinga à quatre cordes ne compte que notes. D’autres variances sont observables au niveau de cette composition instrumentale à travers les aires géographiques occupées par les pahouins du Cameroun en Guinée Equatoriale, en passant par le Gabon.

Chœur et polyphonie

Le chant du mvet n’est jamais monocorde. Il reflète l’image de la vie de la société pahouine où la solidarité et le partage accompagnent le paysan toute sa journée. Le public présent à la soirée n’est pas entièrement spectateur. C’est un public/acteur. Son premier rôle est de constituer un chœur fort qui soutient le chant du mbomo-mvet [2] : « Le chanteur du mvet agrémente toujours ses récits par des chœurs qui, comme les bikud-si, traduisent l’âme noire face à la vie » [3]

Chaque participant intègre sa voix aussi belle ou laide soit-elle, se frayant une place dans l’ensemble, sans toutefois bousculer celle de l’autre. Nul autre aspect n’exprime la solidarité pahouine comme ce moment du chant du mvet. La diversité des voix s’associe pour créer une harmonieuse symphonie. « On ne se lassera jamais d’écouter les anciennes mélodies paysannes tant elles sont claires, simples et d’une objectivité classique » [4]

Il est presque impossible d’expliquer le caractère de la musique du mvet, sans tenir compte des arguments qui font ressortir sa fin sociale. La musique du mvet permet au mbomo-mvet de présenter certains gestes fondamentaux et aussi, d’entraîner les spectateurs vers l’univers du récit. Vous imaginez bien qu’il s’agisse d’un langage complémentaire à la parole articulée. Sa douceur est une force immense qui défonce toutes les portes de votre corps à la conquête de votre esprit.

Nous avons abondamment parlé de l’instrument mvet qui donna son nom au genre. Seulement, ne perdons pas de vue que la musique du mvet associe plusieurs aux instruments qui se greffent au mvet. Généralement se sont des castagnettes, des clochettes, des tam-tams et tambours pour ne citer que ceux là. Leur particularité c’est d’être des instruments de fond c’est à dire, des instruments qui soutiennent le rythme de base donné par le mvet. Cet assemblage de sons grave et aiguë, épouse instantanément l’atmosphère du mvet avec une spontanéité singulière et étrange où, chacun joue un précepte de la partition qui mérite des analyses plus profondes.

Notes

[1] Samuel Martin Eno Belinga, Littérature et musique populaire en Afrique noire, Toulouse, 1965, Imprimerie du Sud, 258 p.

[2] Expression beti désignant le joueur de mvet

[3] Stanislas Owona, La guerre d’Akoma Mba contre Abo Mama ; Epopée du mvet, Abbia Yaoundé,1965, p.98.

[4] B. Bartok cité par Eno Belinga, op cit., p.216.

Bibliographie

Samuel Martin Eno Belinga, Littérature et musique populaire en Afrique noire, Toulouse, 1965, Imprimerie du Sud.

Stanislas Awona, La guerre d’Akoma Mba contre Abo Mama ; Epopée du mvet, Abbia Yaoundé,1965, 214p

Essouma Long, Mvet et Théâtralité, Université de Yaoundé I, Falsh, Département de Arts et Archéologie, recherche de Maîtrise, 2004.

Essouma Long

Artiste-chercheur en orature africaine

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