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Atelier d’écriture à Puzeaux (Somme)

Atelier d’écriture réalisé le samedi 10 octobre 2009

Intervention réalisée par : Jean Foucault

Présentation, argumentaire de la démarche

Les textes qui vont suivre ont été réalisés après avoir apporté quelques données sur ce qu’est le slam, à savoir tout simplement le rapport « oral » à la langue, l’oralité de l’écriture (car les textes slams sont toujours très écrits). En cela cette « mode » est intéressante pour donner/redonner à de nombreuses personnes, l’envie d’écrire, de trouver/ retrouver ce plaisir. Car la parole, l’écriture, l’imaginaire qu’ils véhiculent, sont en partage de tous.
On a perdu le contact avec cela par une éducation qui d’une part ne nous apprenait le plus souvent que l’apprentissage technique du français — et non la créativité à partir du français —, et d’autre part glorifiait quelques grands noms de la littérature, véritables héros nationaux, qui nous faisait penser que la littérature n’était pas pour nous.
Or si nous aimons lire (et certains auteurs plus que d’autres) c’est que nous avons le même imaginaire en partage. Sinon les écrivains n’écriraient pour personne et la littérature s’arrêterait !
Or elle n’est absente dans aucune société, orale ou écrite. Et elle n’est pas réservée aux habitants des beaux quartiers.
L’écriture, la littérature nous parlent de la vraie vie, concrètement. Elle témoigne, elle donne des points de vue sur le monde à partir de la vie intérieure de l’écrivain. Elle peut donc aussi bien aider à surmonter des moments difficiles (lire à ce sujet Le merveilleux malheur de Boris Cyrulnik, ou se rappeler de l’exemple de l’album pour enfants dont j’ai parlé, Bouche cousue, que j’ai pu lire à des enfants de Kigali, au Rwanda.

Alors n’hésitons à pas à nous adonner à l’écriture, dépassons les préjugés, les malaises dans ses rapports avec elle et souvenons nous que ce n’est pas au niveau des « fautes » d’ortographe que se situe le problème, mais à celui de l’image que l’on a de cette activité :
- On pense qu’on n’a rien à dire, ou au contraire on a du mal à trier ce qui vient tout le temps dans la tête.
- On se dit « à quoi ça sert ? »
- On a peur de ce que vont penser les autres si on dit tout haut ce qui se passe en nous
- Ce n’est pas sérieux, c’est un amusement
- Etc.

Ceci vaincu on peut écrire et l’atelier est ce moment où l’on s’y autorise… On parle beaucoup dans un atelier d’écriture puisqu’après consigne donnée et temps d’écriture, on passe à la lecture, à la mise en commun à haute voix. Alors on peut commenter, dans le respect des-uns et des-autres. Si l’on ne pratique pas habituellement l’atelier constitue peut-être la première fois que l’on présente un texte qui va être écouté sérieusement par d’autres.
N’ayons pas peur de la critique : c’est le moyen d’échanger sur nos propos, d’aider le texte à se développer, en attirant l’attention sur ce qu’il a peut-être de plus précieux. Un livre, un film qui n’est pas critiqué, personne n’ira le lire ou le voir. La critique est donc une activité sociale très positive, cessons de n’y voir que le jugement, la note finale ! La critique en atelier d’écriture a une vertu positive. Mais oui il faut pour cela oser dire son texte devant les autres.
Pour passer à la pratique je propose une démarche chère aux slameurs, qui est l’une des approches les plus pratiquées au début : faire un slam de présentation… Dire qui l’on est, ce qu’on veut, etc.
Je propose ici quelques guides pour cette écriture en 5 « lignes » ou plutôt 5 « entrées », car on peut dépasser la ligne pour chaque domaine :
- présentation « classique » (je suis Untel, j’habite …)
- mon activité
- J’aime
- J’aime pas
- Une partie plus libre : ce qu’on a envie de dire.

Les productions des 6 participants
(une dizaine d’autres personnes se trouvaient tout autour de la table)

&

Je m’appelle Cathy.
J’habite à Berny-en-Santerre.
Je travaille dans le domaine de l’information et de l’orientation.
J’aime les gens honnêtes, simple et vrais.
Je n’aime pas les moqueries et déteste les gens hypocrites.
Dans ma vie, mes proches tiennent une place vraiment importante.
Mon conjoint et mes enfants sont ma joie de vivre.
Ils m’apportent joie, bonheur, soutien et réconfort…
Ma vie de femme et de maman me satisfait entièrement.
Je suis comblée.

&

Mon histoire et mes expériences d’engagement collectif me portent actuellement à travailler au sein d’une association en lien avec l’agriculture.
J’accompagne les aînés et les jeunes de ce milieu à écrire ensemble un avenir et renouveler ce joli métier.
Sous mes airs de petite fille sage, j’adore écouter à donf du hard rock, m’habiller de jeans de cuir et m’empiffrer de chocolat.
Mais la vie n’étant pas un long fleuve tranquille, il est des blessures qui font mal : l’indifférence, le mensonge, la solitude, l’injustice.
Cependant j’ai confiance en l’Homme et je me dis que ce qui a été est et sera, vaut la peine.

&

Je me prénomme Michel. Je reste à Hyencourt-le-Petit, petit hameau d’Omiécourt, depuis une vingtaine d’années. Mon métier est agent de maîtrise à la SNCF et je travaille actuellement sur les gros travaux de la région de Picardie.
Mes passions sont la pêche et le bricolage, la première tant relaxante tandis que la seconde est plus énergique.
La lecture n’est pas mon fort, la télévision non plus et encore moins les ordinateurs.
La joie de faire du jardinage me permet de ne plus penser à autre chose.
Je sème, je plante et je regarde toutes ces choses pousser.

&

Je m’appelle Arlette – retraitée.
J’habite à Chaulnes depuis 45 ans.
J’aime lire, rire et chanter.
Je n’aime pas les gens grincheux et intolérants
J’aime la convivialité et la chaleur de l’amitié.

Ma grand-mère me répétait sans cesse
« La curiosité est un vilain défaut » !
Moi j’apprends le contraire à mes petits enfants !
Il faut essayer de tout savoir,
De connaître tout ce qu’on a envie.

La nature pour moi a beaucoup d’importance
J’ai un jardin avec beaucoup de fleurs
Et un potager.
C’est un bonheur !
Aussi loin que je me souvienne,
je me vois vieillir dans une maison avec un jardin
dans lequel il y a au moins un arbre.
Sous cet arbre il y a un banc
Et je me tiens sous cet arbre avec un livre.
J’espère pouvoir finir ma vie ainsi.

A l’école je n’étais pas bonne en rédaction
Alors que j’aurais tant aimé écrire.
J’ai toujours été bloquée.
Pourquoi ? J’aimerais comprendre pourquoi !

&

Je m’appelle Thérèse,
Mais je n’aurais pas choisie ce prénom !
Plutôt Tesse (comme sur internet)
Ou Hélène.

J’habite Chaulnes dans un jardin fleuri
Enseignante autrefois et peintre amateur à l’aquarelle.

J’aime lire, dessin, peindre, cuisiner, me promener, jardiner, écouter de la musique, et jouer, et beaucoup d’autres choses.
Voyager et découvrir d’autres façons de vivre, des paysages insolites !

J’aime pas… C’est difficile ! L’agressivité, l’intolérance, la télé-réalité, les films de guerre.
Je trouve toujours quelque chose d’intéressant à faire.

Joie de voir le bord de la mer, de trouver, de peindre toutes les couleurs, tous les bleus, les blancs, les nuances.
Joie de cultiver de jolies plantes et de les soigner pour le plaisir des yeux.

&

Je me présente Agnès Behaert. J’ai 56 ans. Je vis à Yencourt-le-petit depuis 35 ans.
Je suis auxiliaire de vie.
Mes occupations sont mes petits-enfants, la chorale. J’adore chanter.
J’aime énormément être en contact avec les gens et j’aime beaucoup écouter les personnes qui racontent leur vie d’avant. Avoir le plaisir de se voir à cette époque et de rêver un peu, de pouvoir faire le tour de la France, voir ces merveilleux pays.

Quelques repères sur la production

Après ces productions de textes voici quelques réactions « à chaud », pour apprendre à regarder de près ce que l’on a fait. Il y aurait donc bien d’autres choses à dire si l’on était dans le contexte d’un atelier sur plusieurs séances et que l’on souhaitait approfondir ces textes, écrire des nouvelles, des poèmes, son histoire de vie, etc.
Notons une vertu de l’atelier : la comparaison des textes entre eux permet tout naturellement de voir que l’on a une manière spécifique de parler, d’écrire. Et que c’est une richesse qu’il faut utiliser.

1) Sentir les nuances dans la façon de se présenter :
Je m’appelle
Je me prénomme
Ce n’est pas pareil ! C’est une sensibilité différente. Pas meilleure l’une que l’autre.
Et même ce type de démarrage peut être complètement ignoré : « Mon histoire… »
Apprendre à sentir ces formes que nos tempéraments divers nous font prendre dans le chemin des mots.

2) Voir aussi les différentes manières de se situer dans le temps et l’espace :
« depuis 45 ans », depuis 25 ans » « une vingtaine d’années ».
Et tout cela dit aussi avec des verbes différents : « J’habite », « Je vis à », « Je reste ».
Il arrive aussi qu’on ne parle pas du lieu, ce n’est pas ce qui semble d’abord le plus important.

3) le concret de la vie
Parfois le texte reste dans des généralités (pour de bonnes causes).
Il faudrait y revenir.
La littérature nous parle parce qu’elle va du concret de l’auteur pour rejoindre le concret du lecteur. Rien à voir donc avec l’image que l’on a trop souvent d’une littérature figée, lointaine, hors de la vie !