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Dans le lit à deux places

Mais qui parle sur cette page ?

C’est comme poète que je fais mon marché aux déclencheurs plus que comme formateurs ou chercheurs.

Si une phrase, un mot, un éclat de lumière, une odeur, un je ne sais quoi, fait vibrer l’instant, alors je tiens quelque chose qui peut aller loin… et que j’ai éventuellememnt envie de tester, soit pour en faire « mes gammes » comme dit Régine Detambel évoquant le travail matinal de l’écrivain (pour celui qui est matinal). Ainsi aujourd’hui j’achevais la lecture d’un livre de John Mac Gahern, auteur irlandais qui gagne à être connu, comme tous les auteurs que je citerai. Je ne reviendrai donc pas sur ce point. J’étais à la page 225 de L’Obscur (version livre de poche biblio, 2004, 1ère édition sous le titre The Dark, à Londres en 1965).

Voici la phrase sur laquelle je suis tombé en arrêt :

Dans le lit à deux places, tu demeuras longtemps éveillé, écoutant les voitures qui s’approchaient et s’éloignaient, fasciné par les pas qui résonnaient sur le ciment sous ta fenêtre, par les pieds de ces personnes dont tu ignorais tout.

Ce n’est pas le sens de la phrase dans la totalité qui m’intéresse ici. Enfin quelque part si, bien sûr. On peut imaginer le bonheur à se retrouver dans cette situation, bien au chaud, dans un lit d’où l’on entend les bruits de la rue, les bruits du dehors en général. C’est sûrement très bon moteur d’écriture.

Mais ce qui t’intéresse aujourd’hui dans cette phrase (allez savoir pourquoi !) c’est le sens construit en faisant mon cinéma intérieur au fur et à mesure, comme tout le monde, sans laisser la phrase déployer tout son miel. J’étais ce jour là dans un état d’esprit à bifurquer sans cesse, en ramenant ma vie dans les mots, en extrayant les morceaux choisis. Ce qui m’intéresse donc ce soir – finissons-en – c’est l’incipit de la phrase : « Dans le lit à deux places ».

On peut en voir des choses dans un lit à deux places ! Je vous laisse imaginer. Et je vous donne à partager mon imagination de ce soir là. Et là j’imagine, tout simplement, qu’il faut avoir un permis spécial our conduire un lit à deux places. Ecrirais-je un jour cette histoire du lit à deux places, de son permis de conduire, de l’âge où l’on peut le passer, avec peut-être une version nourrissonne pour les petits, une version polissonne pour les adultes ?

J’écrirai ou pas mais déjà c’est bien un jeu avec les mots qui se constitue dans ma tête, ce qu’on peut appeler un brouillon mental.

Disons alors que je tiens ici ce soir un « déclencheur à double détente ». Pas mal non, pour un lendemain de fête ? Et il y a d’autres détentes possibles, je veux bien le croire. Jamais un déclencheur n’abolira le hasard. Lisons Le Vaillant petit tailleur d’Eric Chevillard (Editions de Minuit, 2003) et l’on comprendra comment se pratique la lecture active. Une lecture à détente (se détendre fait parti edes sens de ce mot). Une lecture flottante.

J’aime bien imaginer que le livre est une île flottante.

Et moi lecteur, brouillon comme je suis, j’arrive avec mon mental, et dans mon mental il y a aussi ma vie, mon corps.

Alors, en avant toute, faites-en quelque chose de ce déclencheur, allez-y jeunesse, n’hésitez pas à la détente.

Se détendre a toujours fait du bien, et encore plus dans ce monde de brutes.

Enfin n’oubliez pas le meilleur déclencheur n’est pas celui que vous testez dans l’atelier auprès de quelques cobayes. Mais celui qui vous fait du bien à vous, et que pour cela même vous avez envie de partager avec d’autres si l’occasion s’en présente.

Jean Foucault
le 2 janvier 2005

P.S. (on dit « Note » pour faire savant et « post scriptum » quand on a seulement oublié de parler de quelque chose dans le corps d’un texte et qu’on veut pas refaire sa copie) :

Allez donc voir le site des Editions de minuit si vous vous intéressez à Eric Chevillard.

Et cherchez cette page en espérant qu’elle existe encore quand vous y passerez :

Vous y trouverez une très bonne présentation du livre et de l’auteur à travers l’interview réalisé par Nicolas Vives (libraire Ombres blanches de Toulouse)