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Les petits riens

Les petits riens

Les petits riens qui font du bien et qui ne coûtent rien d’Elisabeth Brami ont été publiés, avec des illustrations de Philippe Bertrand, aux éditions du Seuil (1995), suivis des Petits délices en 1997.

Evidemment les « petits riens » ne viennent pas toujours sous cette forme et ne font pas toujours du bien. Ils ne sont pas nés avec cet ouvrage d’Elisabeth Brami. Les « petits riens » de la vie quotidienne donnent souvent à méditer, pour qui sait les sentir. Les petits riens sont les petits faits vrais qui ne font pas seulement la littérature mais jalonnent tout parcours humain.

Les petits riens ont donc la vie dure et reviennent en force en 2006. Les éditions Delcourt publient un nouveau recueil de Lewis Trondheim sur « Les Petits riens » , qui sort en librairie le 18 octobre (cette note est établie à la fin du mois d’août à partir des extraits fournis par l’éditeur avant publication).

Lewis Trondheim et les petits riens

Lewis Trondheim développe un univers poétique particulier introduit déjà par un personnage a tête de perroquet plantée sur un corps d’homme. Comme Antony Browne nous propose le petit Marcel à tête de singe.

Ces petits riens en bande dessinée abordent des questions existentielles, des « états » d’esprits pas toujours faciles à capter.

Nous en avons tout particulièrement appréciés quelques uns :
-* Jour de pluie. Il pleut tout autour de la maison. Et dans la salle de bain où le héros vient chercher le calme il s’aperçoit qu’il pleut aussi… dans le miroir.
-* une bulle du produit vaisselle n’éclate pas : « c’est la bulle avec la plus grande longévité que j’ai jamais vu »
-* la fille de Lewis (puisque tel semble bien le nom du personnage retrouve un vieux cadenas. C’est celui de son casier au lycée qui lui rappelle sa jeunesse. Il le prend et « instantanément » les numéros du code pour l’ouvrir reviennent au bout de ses doigts.
-* Lewis (le personnage) trouve un gecko au comportement quasi inerte qui et il se demande : est-il mort ou vivant ? Ne parvenant pas à résoudre la question, le personnage nous dit « je le mets dehors… que dieu se débrouille…
-* plusieurs petits riens concernent nos rapports au chat. Notamment cette planche où l’enfant n’ose pas prendre les chatons dans ses bras : « Il dit que ça lui fait peur car il sent leur os au travers du pelage ».

A nous de jouer (sérieusement)

A nous tous de trouver les petits riens poétiques qui font notre vie, notre rêverie, les petits rien qui font que, comme Lewis Trondheim, nous ne sommes jamais là où l’on nous attend, dans notre tête.

Il est sain d’entretenir ce petit pas de côté dans nos attentions au monde. On n’est pas formaté aux mêmes petits riens et à les interpréter de la même manière.

Après les petits riens « évidents » d’Elisabeth Brami (si évidents qu’on ne les voit plus), le « dérisoire » qu’y voit Jean-Claude Loiseau chez Lewis Trondheim ? (dans un article de Télérama). « Dérisoire » ne me convient pas vraiment : il cache l’esprit de sérieux qui est au cœur de ces véritables petits riens (si on ne se contente pas de construire une simple machine automatique à générer des petits riens par centaines).

Ces petits riens ont une charge « poétique », car la poésie véritable est au cœur du monde, dans le quotidien de la vie. C’est là qu’elle fait son nid. Dans ce que Jean-François Billeter appelle « l’infiniment proche » ou le « presque immédiat » dans son essai Leçons sur Tchouang-Tseu . Mais nous reparlerons certainement un peu plus tard de ce Tchouang-Tseu, un monde lui seul (et même plusieurs mondes !)

Informations complémentaires :

-* Editions Delcourt, http://www.editions-delcourt.fr/
-* blog Lewis Trondheim : http://www.lewistrondheim.com/blog/
-* Trondheim a aussi donné 4 pages de petits riens à Télérama durant l’été 2006.
-* JeanFrançois Billeter, Leçons sur Tchouang-Tseu, éditions Allia, 2006.

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