Vous consultez une archive. Le contenu de cette page n'est peut-être plus d'actualité.

Quelques souvenirs tenus en laisses…


Souvenirs en laisses

Je me souviens de mon premier chat nommé Sorbonne, né une semaine avant moi, qui a grandi en même temps que moi et devient de plus en plus malade.

Je me souviens de la première fois que mon chien est venu chez moi. Il avait pleuré pendant plusieurs heures.

Je me souviens de mon plat préféré, le porc au curry. Ma mère prépare une sauce crème-curry. Elle ajoute des lardons et des morceaux de joue de porc.

Je me souviens du jour ou Lisa est devenu Liso et que cette présence m’est devenue aussi indispensable que celle de l’eau.

Je me souviens de ma première descente à skis, je ne savais pas encore skier, je me suis lancé, j’ai tenu pendant quelques mètres et je suis tombé.

Je me souviens de ma première fois derrière un volant, ce n’était pas dans un véhicule mais sur un terrain de sport.

Je me souviens d’une exposition qui m’a marquée, celle d’un homme que j’admire, avec ses dessins farfelus et ses statues absurdes qui me font rêver.

Je me souviens de mon 1er jour de lycée. J’étais dans la même classe avec Baptiste. Je me suis dit qu’il y avait beaucoup d’escaliers dans ce lycée.

Je me souviens de cette fille, juste avec son sourire. Je suis tombé sous son charme. Malgré mes efforts je ne pouvais résister.

Je me souviens de ce bien être, de cette unité entre cet autre monde et moi. Je chassais dans cet univers : la mer.

(Morgan, Charly, Charlotte, Victorine, Florriannes,
Pierre, Lucas, Aurélio, Alexis, Clément)



Quelques commentaires
pour une bonne compréhension de la démarche
et de son intérêt

Etapes de création :

(1) Chacun écrit une série de souvenirs enclenchés par la formule « je me souviens ». Qui ne connait les célèbres « Je me souviens » de Georges Perec ?
(2) Choix d’un souvenir pour en faire un tweet : texte de 146 signes, maximum autorisé sur les « tweet » (« tweeter » veut dire « gazouiller ».
(3) Les tweet ou « laisses » sont rassemblées dans l’ordre voulu par l’auteur ou par le groupe. Ici nous avons un regroupement des tweet réalisés les lycéens lors de l’atelier du 20 janvier 2014). Tous n’ont pas réalisé leur tweet ou ne l’on pas retransmis en tout cas. Ils ne peuvent donc figurer ici.

Les laisses

Dans la note précédente j’évoque les « laisses ».Il s’agit là d’une forme poétique qui existait au Moyen Age qui montre que la poésie ne s’enferme pas dans le vers classique à travers lequel on la perçoit trop souvent comme la forme exclusive de la « poésie ». Rimes et décompte des pieds n’est pas le seul rythme que connaisse la poésie.

Une définition de « laisses » “Une laisse” est une unité sémantique (de sens) et musicale. On parle de laisse surtout dans la littérature médiévale, pour ne pas employer le terme de strophe. Elle ne présente aucune forme déterminée…
Au XX° siècle des poètes ont renoué avec la laisse : Saint-John Perse ou Paul Claudel par exemple.
Ainsi la première laisse d’un poème de Saint-John Perse extrait de « Chronique »

« Grand âge, nous voici. Fraîcheur du soir sur les hauteurs, souffle du large sur tous les seuils, et nos fronts mis à nu pour de plus vastes cirques… »

Il y a ici 149 signes, mais la laisse suivante en fait plus de 500 : il n’y avait alors aucune correspondance et le principe du « tweet » numérique n’est apparu que 50 plus tard ! « Chronique » de Saint-John Perse esten effet un recueil qui date de 1960.

L’intérêt de la démarche

On est au cœur d’une forme-sens.
On peut voir que la poésie est bien une question de forme, de rythme, mais c’est le rythme intérieure qui domine, et non un respect formel de vers ou de pieds.
On quitte donc la vision habituelle du rapport aux vers (il en est grand temps), dans lequel on enferme encore trop souvent la poésie, que ce soit le vers régulier ou le vers libre. Il ne faut plus que le vers colle à la peau poétique dont il n’est qu’un épiphénomène.
La poésie est en nous tous et les petites musiques intérieures que nous révélons à travers elle montre que la poésie est partagée par tous : on fait de la poésie sans le savoir comme Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir
La poésie c’est le « frémissement du verbe » qu’il faut oser écouter en soi, une écoute qui demande attention à l’instant et exige la vérité de soi et non la langue de bois. Pas de poésie sans éthique, sans prise de position sur le monde.
La poésie doit être concrète, échange… elle constitue la base de l’apprentissage de la citoyenneté où chacun peut se dire et se doit d’écouter les autres.
Qui ne peut parler, s’exprimer, est souvent amené à se battre, à frapper. Poésie et violence ont partie liée, si l’on prend bien la poésie pour ce qu’elle est, ce qui est rarement le cas dans notre société. Nous plaidons donc activement pour un renversement de tendance…


Jean Foucault
poète de service