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Session de sensibilisation des animateurs à l’écriture créative

(article publié dans la revue Lignes d’écritures n° 28 – janvier 2004)

 

Voici le compte-rendu d’une session qui s’est déroulée à Ermont (Val d’Oise) dans le cadre d’une action réalisée au titre de l’Institut International Charles Perrault pour des animateurs du service éducatif de la mairie d’Ermont (centres de loisirs et périscolaire). Un groupe d’une dizaine de personnes était concerné par ces deux jours d’intervention qui se sont déroulés les 30 septembre et 7 octobre 2003.

 

Il est rarement rendu compte de sessions de formation ou de démarches d’écritures avec les jeunes. Nous nous proposons dans ces différents domaines de publier dans les prochains numéros des articles permettant de voir ce qui se passe réellement dans le déroulement de telles sessions. Non pas comme exemples types, mais comme observation concrète des activités de terrain car nous pensons qu’il manque de telles approches qui rendent compte de l’expérience vivante. Le débat sur les démarches d’écriture créative est trop souvent de l’ordre de la langue de bois, qu’elle soit positive ou négative, et non d’une approche pratique. C’est pourtant sur ces pratiques effectives qu’un débat intéressant peut s’instaurer.

Peut-on apporter quelque chose en si peu de temps ? Oui si l’on cherche non pas à doter d’outils et recettes uniques, mais à faire sentir si peu que ce soit, de l’intérieur de l’écriture, ce qu’est le rapport vivant à la langue. Ce rapport qui montre à chacun qu’elle est moyen de faire connaître ce que nous avons à transmettre de nos attentes et désirs. Alors le rapport difficile au français qui est le lot de tant d’adultes (et d’enfants) peut s’inverser. Alors la démarche de création peut apparaître différemment que sous l’angle d’un simple divertissement. Plusieurs actions étant désormais engagées directement sous notre égide, notamment dans le Val d’Oise, à compter de 2004, nous rendrons compte dans de prochains numéros des rapports ainsi développés avec l’oralité ou l’écriture. Nous sommes également à disposition pour publier des comptes-rendus de projets menés par d’autres partenaires, et permettre aussi le développement d’un débat sur les approches pratiques de ces réalités.

Première journée

 

L’enjeu de cette démarche

 

On dispose tous d’une imagination à développer. Globalement on peut dire que la société va à l’encontre de ce développement et la faillite de certains apprentissages comme celui de l’orthographe et de la grammaire serait à évaluer dans une autre perspective. Si l’on doit d’abord ne faire aucune faute, dans un texte dont le contenu ne représente rien pour le scripteur, quel intérêt à « corriger » ? De là sans doute une désaffection massive envers la chose écrite (plus que la concurrence avec l’image dont on parle tant).

Pour retrouver le chemin du « français », le goût de la lecture, de l’écriture, il faut donc d’abord un rapport « chaud » à l’écriture. Alors, pour être compris, pour communiquer ce qu’on veut dire et non pas ce qu’on veut nous faire dire, on aura la motivation à corriger… La démarche d’écriture créative proposée ici est donc une démarche qui propose d’inverser les relations à l’écrit : si l’on écrit « comme l’on parle », alors viendra sous la plume ce qui sort vraiment de soi. Sans surestimer non plus l’oralité : il y a la langue de bois aussi, donc langue morte, dans la parole !). Trouver la vie, la chaleur, aussi bien dans l’écriture que dans l’oralité, telle est notre souhait. Sans les opposer puisqu’ils ont tous les deux besoins d’être remis dans le bon sens. Prendre conscience également de la relation texte-image : les poètes, les romanciers, sont les premiers à dire qu’ils voient d’abord des « images » qui s’imposent à eux, avant de passer à l’écriture (lire par exemple Leçons américaines, d’Italo Calvino, où il s’exprime à ce sujet).

La pratique

 

Ceci admis (?) il convient aussi de mettre en place des dispositifs pratiques qui permettent des productions personnelles.

Les deux journées de formation doivent permettre de réaliser des textes à partir de « déclencheurs d’écritures », afin de prendre conscience de ce qui se passe à ce moment là, non seulement sur la feuille, mais surtout dans la tête, dans ce rapport qui met en œuvre la trace laissée par la main.

Ce premier jour nous avons proposé trois déclencheurs d’écriture :

 

1. Sur la phrase initiale « Et alors il ouvrit la porte »,

 

on écrit une histoire ou un poème, comme cela vient au fil de la plume…

 

2. Liste de « premières fois »

 

On a évoqué au préalable l’importance des listes, dès l’origine de l’écriture et toujours aujourd’hui, dans ce qui constitue la « littérature ».

Cette liste des « premières fois » est tout d’abord un simple alignement de phrases qui se poursuit ensuite dans la proposition d’en retenir une pour en développer le récit. En troisième étape enfin on réalise un texte commun. Le fils conducteur retenu ici a été la reconstitution d’un « journal intime » à partir des textes de chacun. On développe alors l’univers d’un personnage dont on extrait les « premières fois » relevées à différents moments de sa vie. Ce texte a été finalisé lors de la séance suivante. Il s’agissait ici de montrer comment on peut construire une écriture commune, à partir d’un « premier jet », d’un simple exercice d’écriture… Il est important que cette démarche ait un sens pour chacun sinon on reste dans la position – critiquée – d’un enseignement qui ne permet pas les apprentissages du fait qu’il se trouve coupé de la « vraie » vie. Par contre, prise dans une telle démarche l’écriture créative peut d’une part aider à construire aussi les textes professionnels (pratique du « brain storming », etc.), d’autre part à « corriger » ses fautes en ayant un véritable enjeu : c’est la communication de son texte, dont on défend le contenu, qui est alors en question.

3. « Effet papillon » ou encore « petite cause grands effets »

 

On part d’une situation, si possible vécue, où l’esprit s’est emballé, a « gambergé » depuis un petit détail de la vie qui soudain prend une importance considérable. Ainsi par exemple : a-t-on bien éteint le gaz avant de partir se promener ? On a tous l’expérience de ces moments où la pensée s’emballe.

 

Les pratiques d’écritures proposées ce jour ne sont pas basées sur les jeux de mots mais toujours sur les récits que l’on porte en soi et prêts à émerger.

Cette démarche permet de mettre en situation véritable l’attitude qu’un atelier d’écriture doit aider à développer : – respect de l’autre : on peut tout dire, ce qui implique en contrepartie qu’on ne se moque pas de l’autre ; – place de la parole. Celle-ci est très présente dans un atelier « d’écriture ». On devrait d’ailleurs parler plutôt d’atelier d’expression créative, ce qui donne plus d’ouverture et notamment englobe la parole et l’écrit (« KunstWort », disent les Allemands, c’est-à-dire en traduction littérale, « l’Art du mot »). On parle pour donner les consignes, pour demander des conseils, pour lire et commenter les textes des uns et des autres… il y a un aller-retour permanent entre l’écriture et la parole. La parole respectée, cela veut dire aussi respecter le silence : ceux qui ne veulent pas dire leur texte peuvent se taire.

La mise en commun des textes de la première série [« Et alors... »], a permis de voir la variété des réactions, la mise en place de personnages aux points de vue très divers : il y a ceux qui sortent d’une pièce ou de la maison, et au contraire ceux qui entrent, le personnage peut être seul ou avec d’autres, il ouvre la porte ou se la fait ouvrir… autant de positions « existentielles », immédiates, inconscientes, prises par le scripteur. Même si l’on écrit « ce qui passe par la tête », c’est chargé d’enseignement… Chacun dispose de manière privilégiée de certains mots, de certaines expressions, de certains points de vue dont l’échange permet de prendre conscience. C’est parce que nous adultes avons conscience de tout cela que nous pouvons aider les enfants dans leur propre écriture.

Il est important aussi de reconnaître, dans la pratique, qu’il n’y a pas de « réalité » dans l’absolu : elle se construit quand on en parle, quand on la « représente ». C’est ainsi que la société se construit aussi. D’où l’importance de ces pratiques : s’il n’y pas ces possibilités d’échange, c’est le monde de chacun qui s’étiole, c’est la société qui se prive d’expériences. Car il n’y a pas de pensée sans parole. Une société voulant le bonheur de ses membres (et quelle société oserait affirmer autre chose ?) ne devrait donc pas négliger cet aspect.

Autres points abordés

 

La discussion a permis d’aborder d’autres questions en fonction des interrogations des stagiaires :

- le rapport au temps, fondamental pour l’être humain et que la société moderne a tendance à évacuer, ce qui peut avoir de graves conséquences (on ne construit rien sur le zapping, sur le « virtuel » seul…). L’écrit, tant en activité créatrice qu’en lecture, exige du temps. On a au contraire l’impression que l’image serait donnée « instantanément ». Ce n’est pourtant pas si simple et il faut distinguer à ce sujet le « visuel » qui nous entoure et « l’image » dont on prend conscience. C’est « l’image » qui va s’imprimer en nous, positive ou négative. C’est sur celle-ci qu’il faut mener un « travail » entre adultes et entre « enfant-adultes ». Parler des images est indispensable. – la différence de regard qu’on peut avoir, ici dans une attitude destinée à aider la création de chacun, et ailleurs dans l’accompagnement d’une démarche seulement « grammaticale », destinée à apprendre à « bien écrire »… ces problèmes se résoudront d’autant mieux que c’est la parole du scripteur qui est écoutée. – le rapport aux cinq sens permet d’explorer la vision poétique du monde. Prenons l’odorat ou le toucher, peu développés dans notre société : sentir les odeurs dans la ville, pouvoir mettre des mots sur la sensation au contact d’un poteau électrique, d’un arbre, d’une barrière… La démarche créative est bien une ouverture au monde, un autre type de connaissance. Elle apporte autre chose que la démarche « scientifique » (elles sont complémentaires et se retrouvent sur plus d’un aspect : une véritable démarche scientifiques fait aussi appel à l’observation, à la curiosité).

Quelques livres présentés,

 

Ils sont mis en situation au travers des points abordés durant la journée

 

Livres pouvant être déclencheurs d’écriture

 

(il s’agit d’une sélection de livres pour enfants)

 

La première fois , de Sophie Braganti, chez Mango.

Les petits riens qui font du bien et qui ne coûtent rien , d’Elisabeth Brami, au Seuil Tout un monde d’Antonin Louchard et Katy Couprie, éditions Thierry Magnier. Cet imagier constitue un véritable « moteur à histoires » par les modalités de ses enchaînements. Au cœur du rapport image-texte, il nous montre comment l’image a les moyens de « nous faire parler ». La tête dans les nuages , de Marc Solal et François David, éditions Motus. Am stram gram , de Martine Bourre, Didier Jeunesse éditeur. 27 poules sur un mur , de Thierry Dedieu, Seuil Jeunesse. Exercices de style , de Raymond Queneau, folio-Gallimard (une édition 2003 très illustrée existe aussi). Pays sages , d’Eric Battut, éd. Bilboquet (sur les rapports réalité-création), livre très intéressant pour faire entrer les tout petits dans la création. Hulul , d’Arnold Lobel, l’école des loisirs (avec la liste des choses qui entrent dans « le thé au sourire » ou dans « le thé aux larmes »)

2. Livres utiles pour soutenir la réflexion

 

La Grammaire de l’imagination de Gianni Rodari, éditions Rue du monde. On développe notamment son idée sur « l’erreur créatrice », à partir du mot « pierre » et celle qui concerne le « pas de côté » ou le « binôme imaginatif ».

L’atelier des mots , par Bruno Coppens et Pascal Lemaître, éditions Albin Michel. Ce livre propose une démarche effectivement basée sur les mots, avec des jeux d’annonces, de proverbes, des choix de noms pour de faux sites internet, … Leçons américaines d’Italo Calvino (relation texte-image), paru chez Gallimard. Collection « Levons l’encre » chez Vuibert (théâtre, roman policier, généalogie, lettres). Essai sur l’art de la fiction , de R.L. Stevenson (notamment sa position sur la relation aux images, à la cartographie).

La plupart de ces titres figurent dans la bibliographie remise aux stagiaires à la séance suivante.

 

Deuxième journée

 

Les textes réalisés lors de la première séance sont distribués et éventuellement commentés.

Les « premières fois » en récit reçoivent leur mise au point définitive. Le texte corrigé devient la version définitive du groupe pour cette session.

Rapports texte-image et démarche d’écriture

 

Nous revenons sur la réflexion concernant les rapports entre le texte et l’image. Tout texte nous « donne » des images qui naissent dans notre tête… et l’image à l’inverse nous met en situation de « récit » : on a envie d’être dans l’image qui nous plait, de savoir ce qu’il y avait avant, ce qui va se passer après.

Evocation des quelques auteurs qui parlent de l’image comme fondamentale pour leur création, outre Italo Calvino, évoqué la semaine précédente.

Présentation de quelques livres « images » :

 

Beaux dimanche , de Pierre Pratt, seuil Jeunesse. Il joue sur les modifications.

Y a quelque chose qui cloche , de Guy Billout, Seuil Jeunesse. Cartes postales , d’Anne Brouillard, éditions du Sorbier EncycloPEFdie , de Pef, Gallimard Jeunesse (images et jeux sur les mots) Animaginettes d’Hassan Musa, chez Grandir (la transformation des images que l’on découvre en fonction du « champ » du regard. Soleil dans une pièce vide , Claude Esteban, Flammarion. Nouvelles écrites par Claude Esteban à partir de l’imprégnation des tableaux d’Edward Hopper, peintre américain. Chaque nouvelle part d’un tableau dont elle porte d’ailleurs le titre.

Le groupe passe ensuite à une écriture à partir d’images

 

Il s’agit d’images numériques saisies dans la salle durant la séance précédente par le formateur. Il ne s’agit pas ici de décrire l’image, mais de la prendre comme « déclencheur », point de départ pour un récit. L’image créé un monde.

Dans un atelier d’écriture les images peuvent être des peintures, des cartes postales, des photos que les enfants apportent, des photos prises durant une sortie… La prise de conscience de l’environnement, la reconnaissance que c’est avec notre monde proche que nous construisons notre vie, est très importante. D’où la proposition de partir ici de photos réalisées sur place. Cela montre aussi qu’un atelier d’écriture peut se lier aux arts plastiques, à un atelier photo, vidéo… En fin de parcours on peut intégrer d’autres techniques par exemple pour réaliser une exposition. Un atelier d’écriture ne débouche pas nécessairement sur un livre.

Contact avec des productions diverses d’ateliers d’écritures

 

La seconde partie de la matinée et le début d’après-midi sont consacrés à la mise à disposition de livres réalisés en ateliers d’écriture dans de multiples conditions et avec des enfants d’âges divers, dans toute la France.

Il s’agit de découvrir différents aboutissements d’atelier, de comprendre comment ils ont pu être réalisés, de voir s’il s’agit d’un type de production que l’on aimerait réaliser ou non, etc. Nous ne donnons ici qu’un aperçu de la discussion, très riche, qui en est résulté, à partir de quelques productions commentées : – Les pêches magiques et Nico et l’oiseau magique  : un livre à présentation « tête-bêche » réalisé à Epinay-sur-Seine, par des élèves de CP et CE1. Un illustrateur est intervenu dans la classe pour aider les enfants dans leur production. Par contre le travail d’écriture a été surtout réalisé par l’enseignant avec les élèves (il y a eu bien sûr échange entre les deux mais on n’en a pas le détail. – Une production réalisée par une ZEP de Marseille (zone nord) offre de très bons textes de certaines écoles. Alors on se demande si ce sont vraiment les enfants… Il ne faut pas sous-estimer les enfants. Certes ils n’auraient pas écrit cela tout seuls, de même qu’un écrivain intervenant écrirait autre chose s’il travaillait seul ! – Outreau sur polar  : activité pendant les vacances scolaires, réalisée par la ville d’Outreau (banlieue de Boulogne, 62), les jeunes étant accompagnés par un auteur. Système de petits fascicules insérés dans un emballage commun, qui peut s’adapter aux « échéances » même si un groupe ne donne pas son texte à temps… Un autre livre réalisé par fascicules est également présenté, venant de la vallée d’Ondaine, dans la Loire (région de Saint-Etienne), réalisé par des classes. – Almanach En route vers la tolérance  : exploitation « secondaire » d’un travail sur proverbes et dictons et réalisations graphiques géantes : plus de 100 kakémonos ont été réalisés, de 3 mètres de hauteur chacun (ils ont été exposé l’année de réalisation, sur la place de l’Hôtel de Ville de Saint Etienne). Réalisation d’un groupe adolescents du Chambon-Feugerolles, pendant des vacances scolaires, avec un encadrement d’un groupe d’artistes de Lyon. – Plaisir Plaisirs  : le comité interministériel de lutte contre les toxicomanies et les centres de formation et lycées agricoles ont proposé aux adolescents de produire des textes (histoires ou poésies) sur ce qu’est pour eux le plaisir. Un très beau résultat et une très belle démarche. « On ne fait pas de la littérature avec les bons sentiments » aime à dire le formateur. Prenant le contre-pied de ces « bons sentiments », ce résultat est une preuve à contrario de l’intérêt de penser autrement. – Absence  : dans un lycée les élèves imaginent la journée d’un élève qui est noté « absent » à l’appel du matin. - Barbes bleues  : clin d’œil aux Exercices de Style de Queneau, le groupe a réalisé de multiples façons de raconter « Barbe bleue », le conte de Perrault : en fait divers, lettre anonyme, « sportif », rêve… Cette démarche et la précédente sont deux bonnes approches pour réaliser une production ayant une unité, quel que soit le nombre de participants. Au pied de la lettre qui a réalisé cette démarche est une association qui œuvre dans le département de la Creuse. – Mosaïque humaine (région de Grenoble) : démarche très intéressante, mais interrogation des participants sur les modalités concrètes d’assemblage du produit final (place des enfants ?). – Mémoires pour demain  : document de mi-parcours du Musée de l’éducation du Val d’Oise qui a proposé à près de 80 classes de maternelles au lycée, d’apporter des éléments de réflexion sur leur vie d’aujourd’hui, qui seront présentés à leurs descendant dans cent ans. Un certain nombre de projets ont été remarquables et montrent la capacité dès le plus jeune âge à se projeter dans un avenir. Parmi les démarches qui ont attiré l’attention : les objets qui auront disparu, les parcours de migration, le journal intime, fiction de ce que sera devenu la région parisienne…). Actuellement le Musée de l’éducation lance une nouvelle opération « Mes paysages alentour ».

Projets d’écriture ne donnant pas lieu à un livre

 

Pour poursuivre la réflexion engagée sur les projets à mettre en œuvre on évoque un certain nombre d’opérations qui n’ont pas pour finalité une production écrite :

- Lettre ouverte à qui je veux à Eaubonne. Une opération de correspondance dans les écoles a permis d’échanger entre classes avec réalisation d’art postal. Le concours Lettre ouverte proposé à toute la population donne lieu à une sélection de textes qui sont lus par l’atelier théâtre d’Ermont-sur-Scène lors d’une séance en médiathèque d’Eaubonne. – Le mois du Moi  : une troupe de théâtre, la Compagnie de l’Artifice, engage la population d’une ville à tenir un « journal ». Les animateurs du projet proposent des déclencheurs pour chaque jour, pendant un mois. Ils créent un spectacle à partir des textes choisis par eux. – Le Grand ramassage des peurs . La même compagnie théâtrale propose cette fois d’écrire des textes sur nos peurs. Là encore des déclencheurs soutiennent l’écriture. Et à la fin de la période la benne municipale passe prendre les sacs poubelles où les gens ont inséré leurs peurs. – chaînes d’écritures diverses, pouvant utiliser internet (mais il ne semble pas facile d’accéder à un ordinateur raccordé au réseau pour les centres d’Ermont). – Le Grand dictionnaire universel des mangeurs de souris , réalisé avec des centres de loisirs de la Somme, surtout de la ville d’Amiens. Le « dictionnaire » comprend des mots composés sur la base phonétique « chat » (ex : « chat-grain »). On en donne un texte poétique, puis une image représentant cette « réalité » et en bas de page la définition du dictionnaire. Ce livre a eu un grand succès dans le cadre des formations d’adultes pour la lutte contre l’illettrisme.

Le sens des pratiques d’écriture

 

Suite à des échanges avec des enfants pendant la cantine du midi, on évoque un déclencheur d’écriture potentiellement riche : le secret.

Le secret, comme les « premières fois », peut constituer un excellent moteur de création… Il s’agit évidemment d’un secret « passé », celui dont on peut parler… quoique ! Le groupe réalise ensuite une jeu d’écriture collective. Il s’agit de créer un texte à partir de trois phrases et du titre, chacun faisant une part. Trois personnes écrivent les trois « lignes » et une quatrième fournit le titre. Une discussion s’engage ensuite sur le sens à donner à des pratiques d’ateliers pour qu’ils intéressent… Cette discussion s’intègre à ce qui a pu être dit avec la réflexion autour des productions précédentes. Il paraît en tout cas important d’aborder ce point. Savoir mener un atelier d’écriture, ne se limite à avoir une liste de « déclencheurs » celle-ci est infinie, doit s’adapter aux démarches profondes de chaque animateur et à son attention au groupe (multiplier les approches est une bonne chose pour ne pas répondre aux attentes des mêmes enfants. Mais le sens d’un projet est autre chose : l’atelier doit entrer dans une démarche globale, significative pour l’enfant, démarche globale qui peut être très simple et à très court terme. Une activité pendant un trimestre quand on a cinq ans représente relativement une durée très longue, alors qu’un trimestre pour un adulte est quelque chose de beaucoup facile à appréhender. Mais il faudrait parler plus longuement de cette relation au temps…

Mots valises

 

Les démarches d’écritures nous ont amené à réaliser des textes à partir de la mémoire (« premières fois »), de l’imaginaire (« et alors il ouvrit la porte »), d’une image. Il manque à ce lot le travail sur la matière même du mot : il est proposé alors de créer des « mots valises » à partir de deux mots dont la première syllabe de l’un se réunit à la seconde de l’autre, et on trouve une définition de ce nouveau mot.

Ce travail sur les mots se révèle plus difficile que prévu : coincé dans le vocabulaire, on n’ose pas les triturer, on ne sent pas où porte le jeu, la coupure… Rapport malaisé, dû sans doute à une relation figée avec les mots. La mise en commun amène à parler des mots « doubles ou des expressions que l’on peut intervertir (comme Prévert dans Cortège), des mots pris pour un autre (comme dans le Théâtre de Chambre de Jean Tardieu, publié chez Gallimard), et toute autre forme de jeu de « dictionnaire ». Le travail sur le mot lui-même est donc très riche et varié.

Quelques brèves de fin de session

 

Pour terminer les stagiaires évoquent et commentent ce qui a pu être réalisé sur la commune où se tient le stage, ou le secteur, et ce qui pourrait l’être. Il n’y a sans doute pas assez de passage d’information, d’exploitation de ce qui a été réalisé (par exemple la « forme journal » pendant un séjour cet été). Cela n’est pas un problème spécifique à cet endroit. D’où l’intérêt, après des journées comme celles-ci, d’éventuels « rappels » pour soutenir les équipes, regrouper les productions… proposer de nouvelles perspectives à partir de l’acquis.

Pour terminer l’animateur donne une liste de livres et sites internet pouvant intéresser ceux qui ont envie de se lancer dans l’aventure. Ce qui a été fait entre adultes se transpose avec les enfants ; comprendre ce qui se joue en chacun dans l’écriture, en respectant l’intime de chaque être, parvenir à faire aboutir une production ayant un sens, varier les « déclencheurs », respecter l’autre dans sa création, l’écoute de ce qu’il a fait…